Interview de Richard Gelin, Pasteur à Bordeaux. |
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| Richard GELIN est pasteur d’une église baptiste à Bordeaux. La question du social fait partie de son parcours personnel et pastoral depuis sa jeunesse. Il a accepté de participer à une émission de l’Action Sociale Evangélique sur Fréquence Protestante à Paris. Il y a largement de quoi alimenter nos réflexions et c’est avec plaisir que nous vous livrons le texte de cet entretien. |
Roger Eykerman : Richard, pourriez-vous nous proposer une réflexion biblique pour introduire notre entretien sur l’engagement social ? |
Richard Gelin : Je voudrais vous proposer quelques versets de l’Evangile, un texte qui me semble fondateur à titre personnel, un de ces textes qui m’accompagne moi-même depuis très longtemps, auquel je reviens régulièrement et qui certainement a des impacts multiples dans ma vie. C’est le récit de la rencontre de Jésus avec cette fameuse veuve que nous trouvons dans Luc 21:1-4 Dans le temple, Jésus regarde autour de lui. Il voit des gens riches qui mettent leurs offrandes à l’endroit réservé pour cela. Il voit aussi une veuve très pauvre, elle met deux pièces qui ont très peu de valeur. Jésus dit: « Vraiment, je vous le dis, cette veuve pauvre a donné plus que tous les autres. En effet, tous les autres ont mis de l’argent qu’ils avaient en trop. Mais elle qui manque de tout, elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre ». Ces quelques paroles de l’Evangile ont des entrées multiples. Il semble qu’assez souvent notre attention est attirée par une espèce d’opposition entre pauvres et riches et qu’on va regarder cela en terme social, en terme économique. Ce que voudrait faire remarquer dans ce texte et qui me paraît essentiel, c’est que c’est en fait un texte qui pose le principe d’une éducation du regard. Tout le récit tourne autour de cette question : « Qu’est-ce que je vois dans ce que je vois ? Est-ce que je vois l’autre selon le regard de Dieu, selon les valeurs de Dieu, ou est-ce que je le vois selon les valeurs qui m’ont été inculquées par l’ambiance sociale, par les valeurs en cours dans mon temps ». Je me mets à la place des apôtres, aux côtés de Jésus. Ils regardent un peu autour d’eux. Surgissent des personnages dont, à l’évidence, le rôle social est important et qui mettent des sommes visiblement non négligeables dans le tronc. C’est bien ! Puis surgit cette femme anodine, un peu gris dans la muraille, qui fait tinter deux minuscules piécettes. Notre regard va vers les bourses gonflées. Et Jésus dit : « Non ! Vous vous trompez. Vous ne voyez pas ce que Dieu voit. Votre regard ne s’attache à ce à quoi Dieu s’attache. La vraie richesse à voir est à l’opposé de votre regard. Donc l’éducation du regard qui passe par la conversion de mon regard. Et puisque l’ASEv a, par définition, une préoccupation sociale, j’aurai peut-être l’occasion d’y revenir, je crois que la vraie préoccupation sociale ne peut pas se mettre en place sans cette éducation, conversion de mon regard. |
R.E. : Merci Richard pour ce nouveau regard que vous nous proposez pour voir les choses comme Dieu les voit. Richard, vous êtes pasteur de paroisse. Dans les divers postes que vous avez occupé comme pasteur, vous avez toujours été très engagé dans diverses actions en dehors de l’église proprement dite. Quelle doit être la place de l’Eglise dans la cité ? |
R.G. : La place de l’Eglise dans la cité, j’aime mieux en parler en terme de place des chrétiens dans la cité. J’ai du mal à penser que l’Eglise puisse être autre chose dans la cité que la place que les chrétiens, ensemble ou séparément dans leurs engagements propres, prennent. Les engagements qui ont été les miens l’ont été auprès de la jeunesse délinquante à une certaine époque, l’ont été aussi pas mal auprès de l’accueil de personnes en situation d’être sans papiers, les émigrés. Je ne le faisais pas comme pasteur de l’église, je le faisais parce que c’était ma vocation d’être humain. Cette vocation d’humanité, de fraternité humaine, n’est que dynamisée, développée et encouragée par tout ce que je crois de l’Evangile du Christ. Dans l’église, il se peut, et effectivement les exemples sont nombreux, où des églises en tant que telles aient une action organisée, une présence organisée. Ca peut être quelquefois l’excuse aussi pour ne rien faire en disant mais nous n’avons pas les moyens de , nous n’avons pas la taille, nous n’avons pas la conviction. Oui, mais enfin, chaque chrétien est aussi un peu le représentant de l’Eglise, ou de son église dans tous les cas, là où il est, dans ce qu’il fait, dans sa présence sociale, dans ses soucis, dans ses préoccupations pour les autres |
R.E. : N’y a-t-il pas un risque en impliquant la notion d’église de diluer un peu la responsabilité personnelle en disant finalement ce n’est plus moi, c’est l’église ? |
R.G. : La manière de faire est importante. Il y a des églises qui ont un … je ne sais pas s’il faut parler d’un engagement social car l’engagement est toujours celui des personnes, mais il y a des églises qui sont porteuses d’une préoccupation de l’autre, d’une préoccupation de l’autre dans des situations de détresse, dans des situations de difficultés. Et cette dimension collective de la préoccupation est un encouragement à l’engagement personnel, à la prise de responsabilité personnelle. Je crois que dans ce sens-là, l’Eglise est encourageante. L’église en tant que rassemblement fraternel se fait encourageante de chacun des frères et sœurs dans sa vie et son témoignage. |
R.E. : Il y a bien des gens qui ont un engagement social sans avoir aucune référence religieuse. Mais y a-t-il un lien entre la foi en Jésus-Christ et l’engagement social auprès de ceux qui souffrent, des exclus de notre société ? |
R.G. : J’ai du mal, et même honnêtement, je refuse de faire une coupure nette, je ne vois pas comment je pourrais la faire, quand il d’agit de l’humain, entre moi qui suis chrétien et un ami non-chrétien qui a pour autant le vrai souci du prochain, de son bien-être, de sa justice. Je dirais que, comme chrétien, je suis d’autant plus responsable vis-à-vis de mon prochain que je suis porté par un amour qui me dit la grâce, qui me dit que je suis important, que j’ai de la valeur pas parce que j’ai réussi des choses dans ma vie, pas parce que j’aurais des diplômes ou un compte en banque, mais que j’ai une vraie valeur égale aux autres parce que je suis aimé de Dieu, une vraie valeur gratuite. Cela me donne une responsabilité nouvelle dans ma relation à l’autre. Le non-croyant, le non-chrétien, et les exemples se comptent par milliers, peut avoir un véritable altruisme, une fidélité, une persévérance et à ce sens-là, il est à respecter, il est à apprécier. Le chrétien à une raison majeure, une motivation majeure, une responsabilité majeure. |
R.E. : Quand on sait que dans l’histoire les chrétiens ont souvent été à l’initiative de l’action sociale. Dans notre culture traditionnelle, on parle de Saint Vincent de Paul. On peut penser aussi au fondateur de la Croix-Rouge. De nombreuses action sociales ou humanitaires ont été fondées par des chrétiens. Est-ce que leur foi n’a pas été un moteur particulier pour lancer ces choses, et qui se serait un peu perdu, dilué maintenant dans une société laïque ? |
R.G. : Indiscutablement, leur foi a été moteur dans leur engagement. Il me semble remarquer que cela n’a jamais été, ou rarement, une espèce d’engagement général. C’est toujours passé par de la relation particulière et, de la relation particulière, d’un souci particulier, d’une expérience particulière est née, s’est mis en place un engagement majeur dont effectivement, certains durent encore, et heureusement ! Est-ce qu’il en aurait été autrement sans la foi ? Honnêtement, je ne sais pas. Saint Vincent de Paul, sans son enracinement dans l’Evangile, aurait-il été un homme aussi généreux de lui-même, aussi préoccupé des pauvres. Je ne sais pas. Nul ne peut le dire. Ce qu’on peut dire très clairement, c’est que lui rend témoignage de manière très forte que son souci de l’autre est expression de l’Evangile. Saint Vincent de Paul a une parole qui, là aussi, m’encourage beaucoup. Il a dit, ou il a écrit que « l’amour est inventif jusqu’à l’infini ». Peut-être que si ne se mettent pas en place aujourd’hui des actions nouvelles ou si importantes que par le passé - d’abord on n’a pas le recul pour le dire, l’histoire révèle des choses qu’on ne voit pas au temps présent - c’est peut-être parce que les conditions administratives les rendent plus difficiles, ce n’est pas impossible. C’est peut-être aussi parce que notre amour de l’autre et de Dieu, inséparablement, a un peu fléchi, et que notre amour n’est plus inventif jusqu’à l’infini. |
| R.E. : On constate que certains de vos collègues pasteurs donnent une grande priorité à la prédication et se soucient moins que vous d’une présence visible de l’église dans la cité. Quel a été votre cheminement personnel pour arriver à votre engagement social ? Est-ce simplement les circonstances de la vie, votre caractère, ou bien est-ce l’aboutissement logique d’une motivation particulière que vous aviez déjà pour l’action sociale ? Quel a été votre histoire par rapport à cet engagement social ? |
R.G. : Je vais déjà pour ma part corriger un point. Je suis d’abord prédicateur. Je suis même chargé de cours en homilétique. J’essaie de former des prédicateurs. La prédication de l’Evangile est au cœur de mon ministère. Je n’oppose pas les deux. Je ne pense pas qu’il y ait d’un côté les pasteurs prédicateurs et de l’autre des pasteurs préoccupés par l’action sociale. Je crois qu’il y a un juste équilibre de l’Evangile qui conduit à enrichir l’un de l’autre. En ce qui me concerne, honnêtement, j’ai du mal à faire le tri entre ce qui chez moi, correspond à une histoire personnelle, à une vieille éducation politique. Je ne suis pas né entre deux pages de Bible. J’ai eu une éducation dans laquelle la réflexion politique, l’engagement non pas auprès d’un parti, mais l’engagement dans le débat, a été important. La revendication pour les pauvres, pour les gens opprimés a toujours eu de la place. Cela appartient à ma culture, à mon histoire. C’est indiscutable. |
R.E. : Vous êtes tombé dedans étant petit ! |
R.G. : Oui, et je suis content d’être tombé dedans. Je me suis converti dans une église baptiste à Lyon. Clairement, je n’ai pas souvenir qu’il y ait eu un moment où ce souci du politique, de la justice de la vie des hommes m’ait abandonné. Je suis comme tout le monde, cela ne m’empêche pas de dormir non plus, il ne faut pas trop rêver. Mais cela a toujours été présent. L’Evangile, loin de l’éteindre, pour moi lui a donné, a apporté à nouveau des braises, de quoi faire du feu dans ce souci-là. Ce que je serais devenu sans l’Evangile dans cette préoccupation-là, je ne sais pas. Nul ne peut dire. Ce que je peut dire, c’est que si quelque part, je garde un souci des situations sociales, des situations politiques, l’Evangile y est pour quelque chose. |
| R.E. : Je vous remercie d’avoir accepté de parler un peu de vous. J’en viens maintenant à la responsabilité de l’église. Vous avez dit tout à l’heure que c’était plus un engagement personnel qu’un engagement de l’église. Pensez-vous que les églises, en tant qu'institutions, ont un rôle particulier à jouer dans l'action sociale ? Si oui, lequel ? |
R.G. : En tant qu’institutions, oui, bien sûr. Toute institution participe au jeu social. J’ai tendance à dire que la difficulté, en France, c’est que les églises protestantes en général, évangéliques en particulier, sont des toutes petites institutions qui représentent peu au regard des décideurs, au regard des administrations. Quel rôle vont-elles jouer ? De toute façon, ma conviction est qu’elles doivent récuser un rôle de pouvoir. Il serait un peu naïf d’imaginer devenir des puissances. Ce serait non seulement naïf, mais je crois mauvais. Je suis tenté de dire, je crois que finalement, les églises ont vocation, en tant qu’institutions, à être là où les autres ne veulent pas être, là où, de toute façon, il y aura peu d’autres aux côtés de ceux qui vont être les plus marginalisés, les plus abandonnés. Cela, c’est le rôle des églises mêmes en tant qu’institutions de rendre attentifs leurs membres. C’est terrible à dire, mais il y a des modes sociales. Médiatiquement, on va parler de telle catégorie un moment, on parle de telle autre catégorie un moment et, si on agit sentimentalement, on va un coup vers les uns, un coup vers les autres et on suit la mode. Je crois que l’Evangile, les églises porteuses d’Evangile, doivent être des lieux de persévérance, des lieux où le regard est porté sur les hommes indépendamment des modes. Il n’y a pas un moment quelque chose qui est noble. On pourrait avoir cette tentation de dire « Aujourd’hui, il est noble de s’occuper de telle catégorie de population ». Je crois que l’Evangile est l’institution qui est capable de dire « Non ! Tout être humain a droit à la fraternité et à la justice, et on n’obéit pas aux modes ». En tant qu’institution, l’église doit conserver cette liberté, par rapport à d’autres institutions plus liées au temps présent. |
R.E. : Les chrétiens, particulièrement les chrétiens évangéliques aiment bien s’ancrer dans la Bible. D’après vous, y a-t-il des fondements bibliques à l’ action sociale, ne serait-ce que l’exemple de Jésus-Christ ? Mais il y a certainement d’autres passages ? |
R.G. : Je verrais spontanément plusieurs ancrages bibliques. Déjà, tout simplement, nous confessons le Dieu créateur. Confesser le Dieu créateur, ce n’est pas seulement affirmer des choses sur lesquelles on est plus ou moins d’accord quant aux origines du monde. Cela me paraît assez anecdotique. C’est confesser que ce monde, ce monde dans lequel nous vivons, ce monde qui produit ou ne produit pas de la nourriture, ce monde qui est le lieu de notre existence, de notre travail, ce monde où le soleil brille et où la pluie tombe, ce monde où l’alimentation est surabondante en certains endroits et manque ailleurs. Ce lieu est création de Dieu. Ma vie d’homme est aussi la vie de mon corps, la vie de ma socialisation, et cela appartient à Dieu. C’est lié au Dieu créateur, cela ne peut pas être l’objet d’un mépris. Rien de ce que Dieu a créé n’est méprisable puisqu’il a créé l’espace humain, la société, la terre, le lieu du travail, le lieu du logement. Tout cela appartient à la création. Rien ne doit être méprisé.Effectivement, je mettrai comme une deuxième étape, vous y avez fait référence, la personne du Christ. Déjà la personne du Christ, en ce que la parole vivante de Dieu s’est incarnée. Dieu est devenu un homme. Il a pris notre humanité. Il nous a rejoint dans notre humanité. Je crois que c’est quelque part pour nous dire la dignité de l’humain. Je crois que notre dignité d’êtres humains, c’est que nous sommes tous appelés à devenir fils de Dieu. Nous sommes tous appelés à partager la vie de Dieu. Pour le dire, Christ est devenu un homme, le Fils de Dieu s’est fait homme, a vécu parmi nous, a éprouvé nos souffrances, nos difficultés, nos tentations, a été en relation avec des hommes et des femmes en difficulté. La troisième étape, je la résumerai tout simplement dans la parole de Jean. La troisième raison, et il y en a beaucoup d’autres, dans ce que dit Jean dans sa première épître, chapitre 4, et qui est tout simple « Tu dis que tu aimes Dieu que tu ne vois pas et tu n’aimes pas ton prochain que tu vois. Tu es un menteur ». Le Dieu de la Bible, le Dieu que j’aime et que j’essaie de servir, c’est un Dieu qui me dit toujours « Tu ne peux pas m’aimer moi, si tu n’aimes pas ton prochain. Tu ne peux pas me servir si tu n’acceptes pas de servir ton prochain ». C’est un fondement essentiel. C’est vrai que je n’ai même pas parlé aujourd’hui de l’action sociale parce que cela fait un peu exception. Il y a le temps de l’action sociale, il y a le temps d’autre chose. C’est ma vie d’être avec les autres, auprès des autres, en rencontre des autres. |
R.E. : Il existe quand même une action sociale, pratiquée par des chrétiens isolément ou en tant qu’église. Est-ce simplement le signe d’une présence de l’église dans le monde, ou un moyen de contacter les gens pour les amener à l’Evangile ? N’est-ce pas un risque ? |
R.G. : C’est très difficile de répondre. On pourrait être très méprisant en disant « C’est un moyen pour amener les autres à l’Evangile ». S’il s’agit d’amener les autres dans ma boutique, dans ma petite église, avec sa petite étiquette, c’est totalement méprisable., clairement. Maintenant, je comprends ceux qui disent « Je veux aller vers les pauvres parce que je veux leur apporter l’Evangile ». Je le comprends quand l’Evangile est pour eux cette puissance de vie, cette profondeur de vie, cette vie surabondante. Cela veut simplement dire que ces gens vont vers les autres, porteurs de quelque chose qui est pour eux d’une telle richesse. Ils vont partager le meilleur avec les autres. On n’est plus là dans une espèce de logique de commerce de je ne sais quoi, de ce genre-là. On est dans la rencontre vraie de l’autre |
R.E. : Non pas une logique de commerce, mais de partage. |
R.G. : Je vais vers l’autre parce qu’il a besoin de moi, comme moi j’ai besoin de quelqu’un d’autre ailleurs dans ma vie. On a tous besoin les uns des autres. Cela appartient à notre humanité. Cela ne peut pas se fuir. Vivre cette intimité de Dieu qui est la vérité de l’Evangile et vouloir la partager avec quelqu’un d’autre, c’est la vocation humaine par excellence. Ce qui n’est pas beau, et là il faut être extrêmement attentif, ce serait de manipuler le besoin et la souffrance de l’autre pour le conformer à soi-même. Là on serait dans quelque chose de laid. |
R.E. : Concrètement, y a-t-il au sein même de votre église une action sociale, déjà en interne, au profit de ses membres qui pourraient être en difficultés ? Et deuxième question qui va avec : qu’est-ce qui existe éventuellement pour la population environnante étrangère à l’église ? |
R.G. : Là où je suis pasteur aujourd’hui, il n’y a pas d’action sociale dans l’église ni hors de l’église au nom de cette église-là. C’est une position revendiquée, c’est-à-dire qu’il existe des œuvres chrétiennes ou non-chrétiennes, des engagements, des associations extrêmement nombreuses qui ont toujours besoin de bénévoles. Actuellement, ma conviction est - peut-être que cela changera, mais cela n’a pas changé dans le passé - ma conviction de pasteur, je n’en fais pas une règle générale, mais là où je suis, c’est d’encourager mes frères et sœurs à s’impliquer comme chrétiens dans les associations existantes dans la ville. Le rôle de l’Eglise, ou l’articulation avec l’Eglise, est de permettre à ces personnes, par exemple lors du culte, de rendre compte de leur engagement, de rendre compte de l’association dans laquelle elles sont présentes, de ses besoins, de ses besoins spirituels aussi. C’est vraiment une démarche que nous revendiquons. Nous avons décidé de ne rien créer nous-mêmes. J’entends bien que si Dieu nous mettait à cœur quelque chose, j’espère qu’on aurait la sagesse de s’y plier. Aujourd’hui, nous souhaitons que les membres de l’église s’engagent dans les associations existantes selon la vocation qu’ils ressentent et l’église est le lieu où ils peuvent rendre compte de ce qu’ils vivent, des besoins. C’est le lieu où ils sont encouragés dans ce témoignage. |
R.E. : Bien pour les associations existantes ! Vous semble-t-il qu'il y ait des domaines d'intervention spécifiques où justement il n’y a pas encore d’association et où les chrétiens devraient s'engager ? Peut-être là où vous êtes localement et d’une manière générale, y a-t-il des domaines à, en terme un peu provocateur, « investir » par les chrétiens. |
R.G. : Investir est un langage qui fait un peu militaire et qui n’est pas dans ma tradition. Je ne suis pas un organisateur. J’ai du mal à penser ces choses là en terme de stratégie. Je crois qu’un des moteurs de la présence auprès des autres, c’est la relation au prochain. Tout ce que j’ai fait à titre personnel, même si ce n’est pas grand chose, est toujours parti d’une circonstance dans laquelle il y a eu une rencontre. Cette rencontre a été le moteur d’un engagement qui s’est construit vis-à-vis de Monsieur Untel, de Madame Untel et qui s’est élargi à d’autres. On n’a pas pris l’agenda des catégories sociales de telle région en disant « Tiens là ! Il n’y a personne, On s’y met ». C’est une démarche que je peux comprendre. Elle n’a pas été la mienne ni la nôtre en tant qu’église. « Tu aimera ton prochain ». Je l’entends bien dans la lecture que Jésus en fait, dans la parabole du bon Samaritain éme rendre le prochain de l’autre ». C’est toujours une relation personnelle. Ce n’est pas une relation à une statistique, une relation à une découverte faite par des études analysant les besoins de la population. C’est ma rencontre avec une personne qui, à un certain moment, accroche le souci de cette personne et de ceux qui sont avec elle, de ceux qui sont autour d’elle. Cela devient une espèce de responsabilité que je ne peux pas fuir. Ce n’est pas une stratégie que je calcule. Je précise à nouveau que c’est ma démarche, c’est notre démarche d’église. Je comprends très bien que d’autres aient une préoccupation différente, une démarche différente. |
| R.E. : Pour conclure en un mot, quel message aimeriez-vous transmettre aux chrétiens qui nous écoutent aujourd'hui ? |
R.G. : Le message que je voudrais transmettre, c’est celui que je reçois au contact de personnes en difficulté, sur lesquelles on pourrait facilement mettre des étiquettes pour les identifier en catégories sociales. C’est que nous avons à ne jamais oublier qu’il y a la personne humaine aimée de Dieu, voulue de Dieu et que cette personne est plus importante que toute particularité de sa vie. A chaque fois que l’on rencontre, dans l’action sociale effectivement, un individu, dans l’administration, il correspond à une colonne, à une étiquette, etc. Moi, je ne rencontre pas des colonnes, je rencontre quelqu’un qui est Monsieur Untel, ou Madame Untel, qui a tel besoin, telle particularité. Son besoin, sa particularité, sa difficulté est second. C’est sa personne d’abord que je dois rencontrer. |
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