Il ne manquera pas de pauvres au milieu du pays |
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| « Il ne manquera pas de pauvres au milieu du pays ; c’est pourquoi je te donne ce commandement : Tu devras ouvrir ta main à ton frère, au malheureux et au pauvre dans ton pays » Deutéronome 15v11. |
| C’est naturellement et avec enthousiasme que l’ASEv s’est associée à l’appel du défi Michée, relayé en France par le SEL et l’Alliance Evangélique Française. L’action de celles et ceux qui sont engagés pour la réduction de la pauvreté dans le monde porte ses fruits : on vient d’apprendre que les huit pays les plus industrialisés du monde sont parvenus à un accord sur l’annulation immédiate de la dette de 18 pays pauvres pour un montant estimé à 40 milliards de dollars. Le G8 précise dans un communiqué publié à l'issue de la réunion de ses ministres des Finances à Londres que la dette de ces 18 pays, notamment envers la Banque africaine du développement, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, sera entièrement effacée. Neuf autres pays pourraient également bénéficier d'une annulation de dette dans les 12 à 18 prochains mois, a souligné Gordon Brown, chancelier de l'Echiquier, hôte de la réunion. Cette promesse des huit pays les plus riches de la planète s'inscrit dans le cadre des efforts déployés par la présidence britannique du G8 pour la conclusion d'un accord sur la lutte contre la pauvreté et l'aide au développement de l'Afrique lors du sommet prévu à Gleaneagles, en Ecosse, du 6 au 8 juillet. "Il s'agit de l'engagement le plus exhaustif jamais effectué par les ministres des Finances au sujet de la dette et de la pauvreté", s'est félicité Gordon Brown. "L'heure n'est pas à la frilosité mais à l'audace. L'heure n'est pas aux pis-aller", a ajouté le ministre britannique des Finances. |
| En même temps, et pour la première fois, l’Armée du Salut annonce qu’elle assurera la distribution des soupes de nuit cette été ! Le nombre de personnes en situation de précarité augmente en France de façon inquiétante, à la capitale comme ailleurs. A titre d’exemple, cet hiver, elle a distribué 2000 soupes chaque soir, contre 500 en 2004. Savez vous d’ailleurs que sur 100 décès constaté parmi la population des sans logis, 80 le sont en période non hivernale ? |
| Notre engagement pour plus de justice sociale dans le monde ne doit pas nous faire oublier la réalité, qui est là, tout prés de nous : |
En France, 3,5 millions de personne (6% de la population) vivent sous le seuil de pauvreté français estimé à 602 € par unité de consommation (rapport 2003-2004 de l’observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale). 7 millions (12%) vivent sous le seuil de pauvreté européen. En Europe, on compte 68 millions de pauvres , soit 15% de la population des Etats membres. |
On dénombre 1 million de personne bénéficiaire du RMI, soit une augmentation de prés de 10 % depuis 2003. |
4,7 millions de nos concitoyens sont bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle (CMU) |
80 000 à 100 000 personnes sont en situation d’errance (Sans Domicile Fixe). Parmi elle, des travailleurs ne pouvant accéder au logement (source INSEE : 86000) |
1 chômeurs sur deux n’est pas indemnisé : soit 1,25 millions de personnes (source ANPE et INSEE) |
6 millions de personnes (1,5 millions de familles) sont en situation de surendettement (source : ministère de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale) |
1 millions de personnes sont en attente d’un logement social (source : Haut Comité au logement des défavorisés) |
3 millions sont mal logées (source : INSEE – Cf rapport sur l’état du mal logement en France 2004 de la Fondation Abbé Pierre p. 209) |
Le Conseil Emploi Revenus et Cohésion sociale (CERC), présidé par Jacques DELORS, indique dans son rapport de 2004 que un million d'enfants de moins de 18 ans vivent sous le seuil de pauvreté Insee en France, soit près de 8% de l'ensemble des enfants, et près de deux millions sous le seuil "européen". En 2005, 1 enfant sur trois ne partira pas en vacance faute de moyens ! |
10% des jeunes de 18 ans ne savent ni lire ni écrire (source : Ministère de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale) |
Environ 35000 personnes en grande difficulté sont accueillies et accompagnées dans les Centres d’Hébergement et de réinsertion sociale |
La France accueille actuellement 50 000 demandeurs d’asile conventionnel et dispose actuellement de 10 000 places d’accueil qui devraient devenir 16 000 aux dires du Ministère d’ici la fin 2004. Ces quelques 50 000 demandes auxquelles il faut ajouter les enfants ne disposent à ce jour d’aucun moyen de survie autre que les solidarités communautaires, les 10 000 places d’hébergement ou l’allocation d’insertion d’environ 280 euros par adulte seulement et pour 12 mois. Ils n’ont aucun droit au travail ni aux aides au logement ni aux prestations familiales qui pourraient leur faciliter les conditions individuelles et matérielles. |
300 000 enfants sont pris en charge dans le cadre des dispositifs de protection de l’Enfance (enfance en danger) |
Au 1er juin, le nombre de personnes incarcérées était de 59.786 pour 48603 places |
Le nombre de décès par suicide a connu, en France, une augmentation importante au cours des vingt dernières années pour se stabiliser actuellement aux alentours de 10 000 par an (pour 110 000 tentatives). Depuis le début des années 80, il y a plus de décès par suicide que par accident de la circulation. Le suicide est la deuxième cause de mortalité chez les adolescents. |
| Ces chiffres témoignent de la pauvreté qui se voit, qui se quantifie, qui se filme parfois. Pas de la pauvreté cachée : la solitude et l’isolement, les souffrances psychiques, morales ou affectives, les ruptures et les déchirements familiaux … Et s’ils donnent à montrer le visage de la pauvreté, ils nous cachent souvent le visage du pauvre. Depuis bientôt quatre ans à l’ASEv, j’ai rencontré nombre de personnes engagées, professionnellement ou bénévolement dans l’action sociale. Des hommes et des femmes ayant un sens aigu de leur responsabilité sociale en temps que chrétiens, envisageant leur service comme une action humaine en consonance avec le don de grâce et d’amour de Dieu, se plaçant à sa suite. Pour autant, je constate aussi qu’en France, la diaconie est le parent pauvre de l’Eglise, malgré la déclaration de Lausanne en 1974 et le texte du manifeste de Manille en 1989 . Je me demande pourquoi. Pourquoi, alors que les souffrances de notre temps indiquent l’ordre du jour de la diaconie, celle -ci est-elle aussi peu à l’ordre du jour ? Pourquoi l’espace de l’Eglise est il autant aseptisé de la pauvreté ? Pourquoi cette distance (pour ne pas dire fossé) entre l’Eglise et les œuvres sociales qu’elle a généré ? Une œuvre vivant de subsides publics perdrait elle son caractère d’œuvre au point que l’Eglise ne la reconnaîtrait plus ? Jean François ZORN (revue autre temps – 2000) et Fritz LIENHARD (De la pauvreté au service en Christ, Paris : CERF, 2000) nous proposent une hypothèse à laquelle j’adhère : Cette situation est le refus de notre propre condition de pauvreté qui nous est insupportable, le reflet de la peur que nous éprouvons à nous regarder tels que nous sommes : faibles, fragiles, mortels. Ce refus est l’expression d’une attitude caractéristique de notre société contemporaine qui consiste à lutter contre le mal par son évacuation. Dans cette logique, la distance prise entre les églises locales et les lieux de la diaconie laïque ou laïcisée, est tout simplement liée au fait que nous partageons la mentalité générale de la société qui nie et évacue la pauvreté et que nous n’avons finalement pas envie d’y être confronté. En d’autres termes et pour rejoindre la parabole du samaritain, les auberges existent, mais il y a bien peu de samaritains sur les routes ! Et la pauvreté devient une affaire de spécialistes ! Rappelons nous que la diaconie ne signifie pas d’abord « désigner la pauvreté chez les autres », mais à se reconnaître soi même comme pauvre. Ce n’est ni une voie de paresse et d’inaction, de résignation ou de repli sur soi, mais un chemin ouvert par l’espérance, un rappel que seule l’appartenance commune à la condition humaine aimée de Dieu ouvre le chemin de la considération de l’autre comme soi-même, à son amour de soi-même, à son aide comme soi-même. C’est parce que j’ai été aidé/aimé le premier que je peux à mon tour aidé/aimer l’autre. Nous vivons d'être reconnus en Christ. C'est parce que je suis aimé et reconnu, indépendamment de mes actions, que je suis libéré de moi-même et du souci de ma propre justice que je peux réellement devenir disponible pour l'autre. C'est en réponse à l'amour de Dieu que nous nous engageons, individuellement et collectivement. « …Si elles ne deviennent pas des lieux de service, les paroisses seront bientôt des lieux de desserte … En renonçant à être une communauté diaconale, une église ne cesse pas seulement d’être une communauté chrétienne réunie autour de la parole et des sacrements, elle prive aussi le monde du don le plus précieux que l’Eglise peut lui faire. En effet, la communauté représente la possibilité de rendre son statut d’être humain à celui qui est brisé dans sa dignité. En son sein, l’assistance est vécue dans le cadre d’un partenariat et d’une fraternité véritable, qui restaure chacun dans sa dignité face à Dieu et aux humains. En ne prenant pas cette possibilité au sérieux, l’Eglise manque sa vocation » (F. LIENHART) . |
| Pour demain, j’observe deux enjeux majeurs: |
Face au désengagement de l’Etat de plus en plus prononcé notamment dans les dispositifs d’urgence sociale, d’insertion sociale et professionnelle du public en grande difficulté, d’accueil des demandeurs d’asile…, l’Eglise saura t’elle se mobiliser et retrouver la place qu’elle a occupé ? |
De nombreuses œuvres sociales du champ social, médico-social et sanitaire hurlent leur besoin de trouver des collaborateurs qualifiés en capacité de vivre et faire vivre l’identité chrétienne (éducateurs spécialisés, moniteurs éducateurs, Aides médico-psychologique, infirmière(s), directeurs, chefs de services…). Les trouveront ils ? |
| Pourrait-on se dire dans l’Eglise (comme Gordon Brown au G8). "L'heure n'est pas à la frilosité mais à l'audace » ? « Ne convient-il pas de se demander comment, avec quelles références et sous quelles formes, notre action sociale à prétention chrétienne, dans ses faiblesses comme dans ses espérances souvent considérées comme illusoires, peut être appelée à anticiper un règne dont le monde ne veut rien savoir, voire même qu’il combat ; un règne de l’amour souvent oublié qui est, en même temps, le règne d’un amour toujours retrouvé » (Gottfried HAMMANN congrès de l’ASEv 99) Bon été ! Jérôme AUBERT, Secrétaire général. |
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