Le pasteur, un travailleur social ?

Entretien avec Roger LEFEVRE, pasteur à Nogent-sur Marne

 
Roger EYKERMAN : Roger, vous êtes pasteur. Même si ce n’est pas sa vocation première, peut-on dire qu’un pasteur est aussi un travailleur social ?
Roger LEFEVRE : C’est déjà un homme placé dans la société, qui a des responsabilités, qui est en relation avec d’autres qui ont eux-mêmes des responsabilités. Certains connaissent des situations délicates. Le pasteur étant placé en vue, souvent on vient vers lui. On vient parce qu’il y a quelque bataille, quelque difficulté. Il faut trouver des solutions. Il y a besoin de réconfort, une invitation à entendre. On cherche une écoute. Je crois que le pasteur, sur le plan social, est bien placé.
R.E. : Qu’est-ce que des paroissiens peuvent attendre du pasteur en dehors de la dimension spirituelle qui est son domaine, ce pour quoi il est formé ?
R.L. : Par ce que j’ai observé dans mon ministère, c’est surtout une présence, une présence physique. Souvent, les gens viennent et nous disent : « Vous pouvez prier pour moi, pour ceci, pour cela ! ». C’est déjà un accompagnement sur le plan social. Vivre une écoute, réfléchir avec eux, s’interroger si la demande qu’ils adressent est bien réfléchie. N’y a-t-il pas un désir d’une solution un peu rapide ? … C’est vrai que lorsqu’on vit une situation de souffrance, on aspire à une délivrance. Elle peut être d’ordre tout à fait matériel, d’ordre psychologique, comme d’ordre physique.
R.E. : Est-ce que le pasteur que vous êtes rencontre souvent chez ses paroissiens des situations devant lesquelles il se sent démuni ?
R.L. : Ah oui ! Il ne faut pas le cacher. Etant responsable, établi, j’ai une famille autour de moi, des enfants, des petits-enfants. Je bénéficie d’un contexte de vie plutôt agréable sur le plan personnel. Je reçois un certain nombre de personnes qui ont un cumul de souffrances qu’on ne peut pas imaginer et je ne peux pas répondre à tout. Oui je suis démuni. Ne serait-ce que pour une aide matérielle, on n’a pas toujours le lit qu’il faudrait. On n’a pas toujours l’argent qu’il faudrait. Il n’y a pas si longtemps, une personne m’a dit « J’ai trouvé du travail à Epernay, mais je ne peux pas y aller car je n’ai pas l’argent pour acheter un billet de train ». Bien sûr, payer un billet de train, cela peut se faire, mais, au bout d’un moment, cela commence à chiffrer. Dans l’église où je suis, nous n’avons pas une association particulière, qualifiée pour le travail social ; je ne peux pas me permettre de distribuer sans qu’il y ait un contrôle derrière.
R.E. : La diversité des problèmes rencontrés fait que l’on n’a pas toujours la compétence nécessaire pour répondre à toutes les situations difficiles.
R.L. : Je crois qu’il y a un début de réponse quand nous pouvons conseiller la personne en l’envoyant vers quelqu’un qui est apte à donner une réponse à ses besoins. Cela peut être un psychologue, un psychiatre, un médecin que nous connaissons, un centre d’hébergement connu dans nos milieux ou même ailleurs…
R.E. : Certains chrétiens ne voient leur responsabilité que dans l’annonce de l’Evangile, sans se soucier d’action sociale qu’ils laissent aux institutions et aux travailleurs sociaux. D’autres au contraire sont engagés dans l’action sociale sans jamais faire référence à leur foi. Selon vous, y a-t-il un équilibre à trouver ?
R.L. : Le premier équilibre, ce serait d’être modéré dans nos jugements. Les gens peuvent avoir des convictions. Ce qui diffère, c’est peut-être la manière dont ils font vivre ces convictions autour d’eux.
L’équilibre, c’est l’Armée du Salut qui me l’a enseigné, avec ses trois « S » : soupe, savon, salut. Il y a là un équilibre : d’abord donner à quelqu’un quand il a l’estomac vide et qu’il a faim de quoi l’apaiser, ensuite quand il est sale ou autre, lui donner la possibilité d’être propre. Et quand, là, il est dans une situation de confort amélioré, lui partager l’Evangile. Ne pas partager l’Evangile, je ne le comprendrais pas, mais partager l’Evangile sans donner le pain et le droit à une dignité, je ne le comprendrais pas non plus.
Il y a un équilibre entre les deux certainement.
R.L. : Le premier équilibre, ce serait d’être modéré dans nos jugements. Les gens peuvent avoir des convictions. Ce qui diffère, c’est peut-être la manière dont ils font vivre ces convictions autour d’eux.
L’équilibre, c’est l’Armée du Salut qui me l’a enseigné, avec ses trois « S » : soupe, savon, salut. Il y a là un équilibre : d’abord donner à quelqu’un quand il a l’estomac vide et qu’il a faim de quoi l’apaiser, ensuite quand il est sale ou autre, lui donner la possibilité d’être propre. Et quand, là, il est dans une situation de confort amélioré, lui partager l’Evangile. Ne pas partager l’Evangile, je ne le comprendrais pas, mais partager l’Evangile sans donner le pain et le droit à une dignité, je ne le comprendrais pas non plus.
Il y a un équilibre entre les deux certainement.
R.L. : Le premier équilibre, ce serait d’être modéré dans nos jugements. Les gens peuvent avoir des convictions. Ce qui diffère, c’est peut-être la manière dont ils font vivre ces convictions autour d’eux.
L’équilibre, c’est l’Armée du Salut qui me l’a enseigné, avec ses trois « S » : soupe, savon, salut. Il y a là un équilibre : d’abord donner à quelqu’un quand il a l’estomac vide et qu’il a faim de quoi l’apaiser, ensuite quand il est sale ou autre, lui donner la possibilité d’être propre. Et quand, là, il est dans une situation de confort amélioré, lui partager l’Evangile. Ne pas partager l’Evangile, je ne le comprendrais pas, mais partager l’Evangile sans donner le pain et le droit à une dignité, je ne le comprendrais pas non plus.
Il y a un équilibre entre les deux certainement.
R.E. : Je pense à ce proverbe : « Ventre affamé n’a pas d’oreilles ! »
Une action sociale au nom du Christ à l’extérieur de l’Eglise vous semble-t-elle contribuer au rayonnement de l’Evangile.
R.L. : C’est indéniable. Quand on se trouve dans une cité comme la nôtre – j’entends par « cité » ville – il me semble que notre responsabilité, c’est d’être au fait de ce qui se vit, d’être au contact avec la population, les responsables de cette ville, d’avoir des relations avec les uns et les autres, et de ce fait trouver sa place au milieu des autres. Il y a là donc une écoute de la part des autres. Je m’aperçois que, si moi j’ai des besoins, je peux m’adresser à ces responsables, je suis connu, on m’écoutera et dans la mesure où c’est possible, on répondra à mes sollicitations. J’ai remarqué aussi que ces mêmes responsables sont venus vers moi pour me demander de l’aide en faveur de personnes de notre cité.
R.E. : Particulièrement dans l’action sociale, mais aussi d’une manière plus générale au niveau politique, au sens noble du terme, pensez-vous qu’il y a des domaines de la société dans lesquels les chrétiens devraient s’impliquer davantage ?
R.L. : Il n’y a pas très longtemps, je lisais un article dans une revue qui parlait de 12 millions de bénévoles à l’œuvre. 12 millions, cela fait un gros pourcentage de la population. Il y a donc une certaine politique, une politique d’action, une politique d’animation, une politique de volonté d’organiser, de permettre à d’autres de recevoir et de donner, une politique de vie et la vie associative le montre bien. C’est aussi se trouver sur le terrain.
Ici, nous avons trouvé une solution, à la demande du maire, d’ailleurs. Le maire est venu vers les églises chrétiennes de la commune et leur a dit : « Vous travaillez bien au niveau de votre propre groupe, mais on ne vous voit pas tellement présents dans la cité ». Alors, nous nous sommes retrouvés à plusieurs, de l’église catholique, de l’église protestante, et aussi de la communauté juive et nous nous sommes dits « Qu’est-ce qu’on pourrait faire, qui soit utile à notre ville ? ».
On a interrogé les services sociaux. Ils nous ont dit qu’il y avait un grand besoin dans deux domaines : le suivi scolaire (particulièrement des collégiens) et l’écrivain public. Par le passé, il existait au sein du service social un écrivain public mais le poste avait été supprimé. Or dans une ville comme la nôtre, il y a de la demande. Nous avons réfléchi et avons décidé de mettre en place une association d’écrivains publics, ce qui nous semblait plus facile à animer. Nous nous trouvons aujourd’hui avec 24 bénévoles qui assurent des permanences deux fois par semaine pour apporter une assistance à ceux qui ont des difficultés d’écriture. C’est un exemple. Voici un autre exemple, c’est de prêter la main à la banque alimentaire en collectant au travers des magasins, un jour ou deux dans l’année, des provisions pour pouvoir les redistribuer.
R.E. : Merci, Roger, pour ces propositions concrètes qui ne manqueront pas de donner des idées à nos auditeurs.