La Bonne Nouvelle et l’établissement de relations fraternelles entre les hommes. Prédication d’Alain DEHEUVELS |
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| Dès le début de son ministère, le Christ a associé l’annonce de la Bonne Nouvelle et l’établissement de relations fraternelles entre les hommes. La prédication d’Alain DEHEUVELS diffusé le 28 janvier dans le service protestant sur France-culture, nous le rappelle et c’est avec plaisir que nous voulons en partager de larges extraits avec nos internautes. Nous venons de vivre la semaine de l’unité. Elle rappelle l’importance du lien fraternel qui doit unir les Chrétiens. Nous savons bien combien cette harmonie reste un défi difficile à relever. L’Évangile d’aujourd’hui va nous emmener encore plus loin dans notre réflexion. Jésus nous pose la question : « Et les autres, ceux qui ne croient pas, ceux qui croient autrement, ou autre chose, comment vivre avec eux ? Comment Dieu les voit-il et nous invite-t-il à les regarder ? » Le récit de l’Évangile de Luc, chapitre 4:16-30, répond à ces questions. Nous y rencontrons Jésus, âgé d’environ trente ans, qui retourne dans son village d’enfance. Les habitants qui l’ont vu grandir, voient plus en lui l’enfant qu’ils ont connu que le Messie annoncé par les prophètes. “Jésus vient à Nazareth où il a été élevé. Le jour du sabbat, il entre dans la synagogue, c’est son habitude. Il se lève pour faire la lecture des Livres Saints. On lui donne le Livre du Prophète Ésaïe. Jésus ouvre le livre et trouve le passage suivant : « L’Esprit du Seigneur est sur moi. Oui, il m’a choisi pour apporter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé pour annoncer aux prisonniers : « Vous êtes libres ! » Et aux aveugles : « Vous verrez clair de nouveau ! » Il m’a envoyé pour libérer ceux qui ne peuvent pas se défendre, pour annoncer : « C’est l’année où vous verrez la bonté du Seigneur ! ». Jésus ferme le livre, Il le rend au serviteur et s’assoit. Dans la synagogue, tous ont les yeux fixés sur Lui. Alors, Il leur dit : « Vous avez entendu ce que les Livres Saints annoncent. Et bien, aujourd’hui, cela s’est réalisé. » Tout le monde est dans l’admiration et s’étonne des paroles merveilleuses qui sortent de sa bouche. Ils disent : « Pourtant, cet homme-là, c’est bien le fils de Joseph ! » Jésus leur dit : « Vous allez certainement me citer ce proverbe : « Médecin, guéris-toi toi-même ! » et vous allez me dire : « Nous avons appris tout ce que tu as fait à Capernaüm. Fais donc les mêmes choses ici, dans ton village ! » Puis Jésus ajoute : « Oui, je vous le dis, c’est la vérité, un prophète n’est jamais bien reçu dans son village. Vraiment, je vous le dis : À l’époque du prophète Élie, il y avait beaucoup de veuves dans le peuple d’Israël. En ce temps-là, pendant trois ans et demi, la pluie n’est pas tombée, et c’était la famine dans tout le pays. Pourtant, Dieu n’a pas envoyé Élie pour aider une veuve d’Israël. Il l’a envoyé chez une veuve qui vivait à Sarepta, dans la région de Sidon. À l’époque du prophète Élisée, il y avait aussi beaucoup de lépreux dans le peuple d’Israël. Pourtant, Élisée n’a guéri aucun lépreux d’Israël, mais il a guéri Naaman, le Syrien. » Dans la synagogue, tout le monde est très en colère en entendant cela. Ils se lèvent tous et font sortir Jésus du village. Ils l’emmènent en haut de la colline sur laquelle leur village est construit, et ils veulent le jeter en bas. Mais Jésus passe au milieu d’eux et continue sa route.” Qu’est-ce qui conduit cette foule à vouloir tuer Jésus ? Pourquoi tant de passion et de violence ? Le récit commence pourtant bien. Jésus de retour à sa petite ville d’origine se voit inviter selon la tradition à lire la Thora. Bien sûr, l’enfant est devenu homme. Jésus passe par l’expérience de la distanciation. Il ne se définit plus simplement comme le fils de son père, de sa mère. Il est lui-même… La mère et les frères de Jésus surgissent plusieurs fois dans les récits des Évangiles et Jésus, à chaque fois, marque une distance. – « Qui sont ma mère, mes frères ? Celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, c’est lui mon frère, ma sœur, ma mère. » On peut s’étonner de l’existence des frères de Jésus mentionnée dans la Bible. Jésus n’était pas fils unique ! Des frères de Jésus, nous connaissons plus particulièrement Jacques. Il reconnaîtra en Jésus le Messie annoncé et deviendra le responsable de la première communauté judéo-chrétienne de Jérusalem. Revenons à Nazareth en ce jour de Sabbat : qu’est-ce qui choque la population ? Que l’enfant du pays soit de retour et lise d’une voix d’homme ? Qu’il se présente comme étant le Messie annoncé par les prophètes en s’appropriant les paroles d’Ésaïe ? Cela les laisse certes perplexes et conduit Jésus à prononcer cette réplique restée célèbre : " Nul n’est prophète en son pays... " Mais, ce qui provoque leur colère, c’est que Jésus dénonce leur étroitesse d’esprit. Par deux exemples, il montre que dans l’Histoire du Salut, Dieu a envoyé les plus célèbres des prophètes d’Israël, Élie et Élisée, sauver et guérir… des étrangers… des ennemis d’Israël : la veuve de Sarepta et Naaman. Ces deux personnages ne sont pas n’importe qui et ne viennent pas de n’importe où… La veuve vivait à Sarepta, près de l’actuelle ville de Saïda qui se trouve au Liban. Quant à Naaman, il s’agit ni plus ni moins du général en chef de l’armée syrienne. Mettre en valeur le Liban et la Syrie était déjà pour le moins provocateur. Les mentalités ont-elles évolué ? Imaginez que Jésus prononce aujourd’hui le même discours dans la même ville d’Israël, je pense qu’il soulèverait chez beaucoup la même incompréhension… Le message dérange, il est très clair. Même si Dieu a choisi Israël pour révéler sa première alliance, même si Jésus a vécu à Nazareth, ces habitants n’ont pas à s’enorgueillir ou à se renfermer sur leurs privilèges. Dieu aime les hommes par-delà les frontières religieuses, ethniques, politiques. Ce qu’il attend, c’est que, partout dans le monde, chacun puisse se tourner vers Lui en toute liberté, quelles que soient ses origines, mais aussi, que soit manifestée une véritable solidarité humaine sans discrimination d’aucune sorte. Les communautarismes, les exclusions sectaires ne sont pas pour Lui. Dieu dépasse nos a priori, Il aime ceux que nous considérons, nous, comme des étrangers, ou même nos ennemis… Pendant le conflit entre la Serbie et la Croatie, je me souviens de l’interview de deux responsables religieux issus des camps opposés. Chacun des deux, faisant passer son nationalisme avant sa foi, légitimait le conflit et se montrait partisan de la solution armée. Ce n’est pas le même état d’esprit qui animait Noël près de Poissy où nous habitons. Figurez-vous que le Père Joseph est allé offrir à l’imam Omar une bougie pour symboliser l’espérance et l’amour du Christ. L’imam Omar, lui, a demandé dans son prêche qu’une part du mouton de l’Aid Al Kebir soit offerte à des familles non musulmanes. Quant à la pasteure Caroline, elle a organisé une rencontre avec des représentants juifs, musulmans, chrétiens pour partager les gâteaux de leurs fêtes et raconter comment elles se déroulent… Il est bon aussi de rappeler que des chrétiens ont souvent voulu offrir un engagement social au service de tous sans discrimination et que les nombreuses structures qu’ils ont créées sont devenues des organismes de tous au service de tous… Prenons l’exemple de la Croix Rouge, appelée Croissant Rouge dans les pays musulmans. Au commencement, un chrétien protestant, citoyen suisse, nommé Henry Dunant, se rend au nord de l’Italie, à Solférino. Il veut présenter à l’empereur Napoléon III un plan d’irrigation pour l’Algérie. Choqué par la violence des massacres, révolté par l’abandon total sur le champ de bataille des blessés et des agonisants, il laisse là tous ses documents et entreprend de venir en aide aux blessés. Pour lui, il n’y a pas de guerre juste ou injuste, il ne voit que des victimes qui ont besoin d’aide. Il veut assister sans distinction les soldats des deux camps. Alors, les premiers bénévoles de cette aide aux victimes de la guerre s'écrient : «Tutti fratelli : nous sommes tous frères ». En 1862, de retour à Genève, fortement ébranlé par ce qu'il vient de voir, Henry Dunant publie l'un des premiers reportages de guerre : “Un Souvenir de Solférino” dans lequel il dénonce les horreurs des combats. Il décide de créer des sociétés de secours pour apporter de l’aide aux blessés en temps de guerre. Il propose de formuler « un principe international, conventionnel et sacré » dans un texte officiel signé par les états : ce sera la première convention de Genève. Bien plus tard, en 1901, il reçoit le premier Prix Nobel de la Paix. Qui est, pour moi aujourd’hui, Naaman le Syrien ? Qui est, pour moi la veuve de Sarepta ? Comment vais-je témoigner de ma volonté de construire un monde fondé sur le respect de chacun et sur un esprit de paix ? Comment cela peut-il s’exprimer dans mon environnement proche ? Voici les questions que me renvoie l’Évangile d’aujourd’hui. Dans les béatitudes, Jésus déclare que ceux qui sont artisans de paix autour d’eux sont appelés fils de Dieu ; c’est dire l’importance de cet appel adressé par le Christ. Est-ce que je veux être artisan de shalom, de salam, de paix ? |
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