La diaconie n'est pas à vendre. |
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| 2 Rois 5 L’entraide, le service, la miséricorde devraient être des actes gratuits, généreux et gratifiants pour ceux qui en bénéficient. Cette histoire de la guérison de Naaman le Syrien, nous la connaissons et je n’y reviendrai pas ! Mon intention est de relever, face à la diaconie, le comportement des quatre acteurs principaux de cette histoire : avec quelles intentions, quelles motivations, sont-ils entrés dans cette démarche de miséricorde qui nous est contée ? Commençons par Guéhazi, le serviteur d’Elisée, et dont Elisée n’a pu devenir le maître, le modèle ! Guéhazi, le commerçant ! Guéhazi face à Naaman : de part et d’autre, il y a un Juif et un Syrien , un assiégé et un assiégeant, un subalterne et un général, un homme instruit dans les choses divines et un païen méconnaissant le Seigneur, un pauvre cupide et un riche généreux. Naaman marche de progrès en progrès : il est d’abord guéri, puis découvre la foi et s’y engage. Guéhazi, lui, dérape davantage à chaque pas : il critique silencieusement son maître (v. 20), trompe Naaman et ternit l’image du prophète (v. 22), puis ment directement à Elisée (v. 26) qui entrevoit déjà les prochains délits de son serviteur et en souligne la progression « Est-ce le temps de prendre de l’argent et de prendre des vêtements, puis des oliviers, des vignes, des brebis, des bœufs, des serviteurs et des servantes ? » (v.26). Quand Guéhazi apparaît sur scène au verset 20, nous, lecteurs, sommes encore sous le choc de la réponse d’Elisée à Naaman (« Va en paix », v. 19). Alors que la sagesse d’une telle réponse nous interpelle, Guéhazi, lui, critique son maître d’avoir « ménagé Naaman » (v. 20), non par rapport à la liberté accordée à Naaman, mais pour ne pas avoir accepté d’argent du Syrien, pour avoir exercé la miséricorde sans contrepartie ! Alors que les lecteurs que nous sommes s’interrogent sur l’engagement spirituel de Naaman et son respect de l’honneur divin, Guéhazi est préoccupé de lui-même et de son bien-être à lui ! Humainement, le raisonnement de Guéhazi se tient. Pourquoi ménager ce riche étranger ennemi de la nation et ne pas réclamer de contrepartie ? Tout pousse à dépouiller Naaman : la cupidité, la xénophobie, la rancune. Mais une fois encore, la pensée du Seigneur n’est pas celle des hommes. Guéhazi, aveuglé par les pensées humaines, croit pouvoir échapper au regard du prophète. Il pense pouvoir rejoindre Naaman incognito… Mais Guéhazi se trompe : Elisée est doué d’un discernement exceptionnel. Non seulement perce-t-il immédiatement le mensonge, mais il annonce déjà les égarements futurs (v. 26). Ayant placé Mammon à la première place, Guéhazi dépouillera toujours plus son prochain, même au travers d’un geste d’entraide ! Guéhazi est jugé sévèrement, car sous une apparence de piété, ce serviteur d’Elisée bafoue la foi véritable. Ayant convoité les biens de Naaman, Guéhazi devient comme le païen et hérite de sa lèpre . Le Seigneur d’Israël est miséricordieux et compatissant. La foi de Guéhazi est-elle à l’image du Seigneur qu’il prétend servir ? Guéhazi nous redit avec force qu’il est possible, très possible, même pour des gens de foi, d’exercer la miséricorde de manière mercantile pour tirer un quelconque profit de celui qui est dans le besoin ! Non seulement c’est moche et abject, rien que d’un point de vue humain déjà, c’est aussi fortement révélateur de la manière dont Guéhazi comprend le Seigneur, le Seigneur de la grâce ! Guéhazi déçoit ! Il est hélas possible d’être généreux, d’être miséricordieux par intérêt, ou encore d’être charitable pour être honoré en retour ! (cf. 1 Corinthiens 13). Que le Seigneur de la grâce, par son Esprit, nous accorde le cadeau de sonder nos intentions « diaconales » et de les rendre à son image ! Le roi d’Israël, sans être autant abject que Guéhazi, n’est pas cité en bon exemple. Il ne veut rien soutirer à Naaman, mais par peur et crainte, il ne veut pas être un relais dans cette aventure d’entraide. Comme Pilate bien des siècles plus tard, il s’en lave les mains ! Le roi d’Israël soupçonne le motif d’un conflit militaire caché derrière la visite de Naaman : « Suis-je Dieu pour faire mourir ou vivre ? Voici encore une raison pour que la Syrie nous attaque ! » (v. 7), alors qu’il lui suffisait seulement d’être le relais entre Naaman et Elisée, le prophète de Dieu, qui habitait pourtant la même ville que lui ! Exercer la miséricorde, ce n’est pas prendre la place du Seigneur et tout résoudre tout seul, comme d’un coup de baguette magique. Ce n’est pas non plus soupçonner le mal chez les démunis comme s’ils venaient avec de mauvaises intentions. Exercer la miséricorde, c’est d’abord savoir entendre et recevoir les cris de détresse de ceux qui souffrent (comme le Seigneur a entendu les cris de son peuple esclave en Egypte) et les relayer plus loin, non pour s’en débarrasser comme l’a fait le roi, mais pour qu’ils trouvent soulagement et peut-être guérison, solution, comme l’a fait la jeune fille. La jeune esclave juive : ce qui est remarquable chez elle, ce qui est pour nous leçon de foi, ce qui nous prend aux tripes, c’est qu’elle sait que son Seigneur peut faire du bien même aux étrangers, même à ceux qui oppriment son peuple, même à celui qui la retient esclave, prisonnière ! Sa foi en l’Eternel est un amour désintéressé et la pousse à faire du bien à son ennemi (ne parlons même plus de lui en terme de « démuni » !) La grâce, le Seigneur de grâce, elle le connaît, elle, tout en restant esclave ! Quant à Elisée, le prophète, il est celui qui « guérit » Naaman, c’est-à-dire celui qui instrumentalise concrètement la miséricorde, qui devient les mains du Seigneur (ses oreilles ou ses pieds…). Elisée adopte un comportement qui va aider Naaman à comprendre aussi la grâce divine. En plus de la guérison physique de sa lèpre, Naaman va découvrir la miséricorde du Seigneur, grâce au comportement à son égard d’un Elisée, comportement bien souvent déconcertant ! Elisée est mû par la miséricorde, il exerce la miséricorde. Pourtant, il adapte son comportement pour que Naaman comprenne ce qu’est le cadeau de la grâce, pour qu’il ne s’attache pas au prophète, qu’il ne s’attache pas à sa guérison, qu’il n'adule pas le prophète, mais qu’il adore le seul Seigneur miséricordieux ! En effet, dès la première visite, Elisée tient le demandeur à distance : a) en bafouant ainsi les lois orientales et divines de l’hospitalité, b) en lui répondant par l’intermédiaire d’un domestique, c) en l’envoyant se laver dans les eaux du Jourdain, qui, par rapport à Samarie, se trouve déjà sur le chemin de retour de Naaman : une fois guéri, le Syrien n’aurait même pas besoin de repasser par chez le prophète pour le remercier ! d) Elisée va même jusqu’à traiter Naaman avec une certaine condescendance, presque sans tendresse, au point de provoquer de l’aigreur chez le Syrien ! e) Et quand, guéri, Naaman revient vers le prophète, reconnaissant, Elisée refuse tout cadeau : « L’Eternel est vivant ! Je n’accepterai pas ! » (v. 16) . Tout un comportement en adéquation avec l’intention profonde : offrir la guérison comme un cadeau total, sans mercantilisme, sans intérêt, sans marchandage personnel (je te donne, tu me donnes…), politique (échange de prisonniers par exemple), religieux ou autre. La diaconie n’est pas à vendre ! La miséricorde s’exerce gratuitement. Elisée a su exercer la miséricorde tout en attachant Naaman au Seigneur de la miséricorde (et non à lui-même), parce qu’il est resté détaché de tout intérêt ! A tel point qu’Elisée autorise même Naaman à une foi clandestine, privée, cachée aux yeux des autres Syriens, intérieure mais bien réelle : « Que le Seigneur veuille bien me pardonner quand je m’incline dans le temple du dieu Rimmon, car mon roi s’appuie sur mon bras pour prier son dieu. Elisée le bénit : Va en paix ! » (v. 18). Pas de chantage religieux, pas d’obligation à la conversion au Dieu d’Israël comme préalable à la guérison ! La foi de Naaman est en route, Elisée le sait. Il le bénit dans son cheminement spirituel, même si celui-ci n’est pas conforme à ce que tout bon religieux juif (et chrétien !) serait en droit d’en attendre ! La miséricorde : ce n’est pas un vernis spirituel, ni un colorant à ajouter, ni une option de la foi chrétienne. Elle fait partie du nom même du Seigneur : « Je suis le Dieu miséricordieux et compatissant… » Elle fait partie de son être même, fondamentalement. Il n’y a pas de jours où le Seigneur le serait plus qu’à d’autres, et il n’y a pas de situations où il le serait moins que dans d’autres. Il est miséricordieux et compatissant : envers moi, envers toi, envers chacun ! C’est pourquoi, il nous appelle – à la recevoir au plus profond de nous-mêmes, – à la vivre, réellement au quotidien, – à la transmettre, sans arrière-pensée ! Soyons donc miséricordieux comme notre Père céleste est miséricordieux (Luc 6.36). Prédication de Grégoire CHAHINIAN, Pasteur à l'Eglise Evangélique Méthodiste de Montélimar. Certaines de ces lignes sur Guéhazi sont tirées de : Daniel Arnold, “ Elisée et Naaman : le monde à l’envers ”, in Promesses, n° 124, avril-juin 1998. (Pour éviter une certaine lourdeur, le détail de ces citations n’a pas été repéré par des guillemets.) |
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