Intervention de Jean Christophe Bieselar lors de la réunion régionale de l'ASEv du 2 février à Paris. |
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| Intervention de JC. Bieselar « Vous êtes le sel de la terre » Voici déjà plusieurs mois, le quotidien « La Croix » a publié un dossier étalé sur plusieurs semaines qui était intitulé : « Quel avenir pour le christianisme ? » Lors de la parution de ce dossier, un sondage réalisé par l’IFOP pour ce journal concernant un millier de personnes (âgées de 18 ans et plus) apportait des éléments au sujet des Français et de leur attente vis-à-vis des églises chrétiennes aujourd’hui. La question posée était la suivante :« Selon vous, quelles devraient être les priorités des églises chrétiennes au 21ème siècle ? » Voici quel fut le résultat du sondage (précisons que plusieurs réponses étaient possibles) : - La première priorité à laquelle les églises devraient s’attacher : lutter contre la pauvreté dans le monde : 61% - La deuxième priorité pour l’Eglise : agir pour la paix dans le monde : 54% - La troisième priorité (toujours pour l’Eglise) : être présente et disponible à certains moments particuliers de la vie : 35% seulement - La quatrième priorité : agir pour une plus grande justice : 24% - Enfin, la dernière priorité : faire connaître le message du Christ : 15% Ainsi il semblerait que pour les Français, faire connaître le message du Christ ne constituerait pas une priorité de l’Eglise. Que faut-il donc en penser ? Cela ne paraît pas forcément surprenant, la France étant souvent pleine de contradictions dûes à la maladie de la « sérendipité » dont le symptôme serait une réalisation contraire aux attentes. Ne pourrait-on pas ironiser sur notre société et dénoncer un manque de logique évident au sein de notre culture plutôt cartésienne, lorsque l’on constate que l’annonce de l’Evangile arrive en dernière position dans les priorités de l’église ? Mais la révélation essentielle de ce sondage, c’est l’attente des Français par rapport à l’engagement concret de l’Eglise dans la société. L’Eglise est attendue sur ses actes. Comment réagissons-nous à cela ? C’est quelque chose qui à la fois peut nous étonner (ce manque de logique), nous déranger (le salut comme un don gratuit – attention aux œuvres !!!) ou nous faire culpabiliser (qu’avons-nous finalement, nous, évangéliques, fait envers ceux qui souffrent le plus dans notre société ?). Je propose de prendre cela comme un réveil (qui sonne) et mettre cet avertissement à la lumière de l’Evangile. Les Français attendent quelque chose de l’Eglise – il y a des besoins – mais des besoins, il y en a toujours - la question n’est pas le besoin mais quelle voix je dois, moi, chrétien réellement écouter. Ne pas répondre à la tyrannie des besoins mais à l’appel de Dieu de ce que Dieu attend de moi. « Ce que Dieu attend de moi », voilà un vaste sujet, que l’on peut explorer dans des ouvrages ou pendant une retraite, et peut-être même toute sa vie durant. Mais ce matin, j’aimerais que l’on se concentre sur un passage spécifique, cet appel que Jésus fait directement à ses disciples, à ceux qui sont à sa suite. Lorsque vous pensez à « Ce que Dieu attend de moi », des passsages viennent probablement à l’esprit ainsi que des idées, et vous risquez de vous sentir frustrés si je ne fais pas allusion à vos pensées personnelles. Pardonnez-moi d’avance. Ce que je vous propose ce matin, c’est seulement l’une des facettes de l’attente de Dieu par rapport à vous-même, à moi, à son Eglise. Je pense que cette facette recouvre plusieurs aspects d’ordre général pouvant être un rappel utile pour chacun d’entre nous. Je vous propose donc de l’explorer dans son contexte biblique et d’y rechercher des applications pratiques d’ordre général ainsi que spécifiques sur le plan social qui nous réunit ce matin. Ouvrons nos bibles ce matin à l’évangile de Matthieu, au chapitre 5 verset 13 et suivants : MATTHIEU 5.13+ 13 ---Vous êtes le sel de la terre. Si ce sel perd sa saveur, avec quoi la salera-t-on? Ce sel ne vaut plus rien: il n'est bon qu'à être jeté dehors et piétiné. 14 Vous êtes la lumière du monde. Une ville au sommet d'une colline n'échappe pas aux regards. 15 Il en est de même d'une lampe: si on l'allume, ce n'est pas pour la mettre sous une mesure à grains: au contraire, on la fixe sur un pied de lampe pour qu'elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. 16 C'est ainsi que votre lumière doit briller devant tous les hommes, pour qu'ils voient le bien que vous faites et qu'ils en attribuent la gloire à votre Père céleste. Ces versets que l’on trouve dans l’Evangile selon Matthieu, au chapitre 5 sont bien connus des chrétiens, car ils suivent immédiatement un enseignement de Jésus, appelé les béatitudes qui est un passage central pour les chrétiens. Ce sont des versets tellement familiers que nous les récitons facilement dans le contexte de nos prières. Et pourtant ces versets qui nous sont les plus familiers sont peut-être ceux que nous connaissons le moins quant à leur signification et leur implication. Par exemple : Mat 5.13 ---Vous êtes le sel de la terre. Si ce sel perd sa saveur, avec quoi la salera-t-on? Ce sel ne vaut plus rien: il n'est bon qu'à être jeté dehors et piétiné. Au début de ma vie chétienne, cette parole de Jésus restait pleine de mystère. En effet, comment le sel peut-il perdre son goût, sa saveur ? Et lorsque l’on compare avec d’autres évangiles, on n’est pas plus éclairé . Par exemple, dans l’évangile de Marc, on lit « Avoir du sel en soi-même » ? Parole et image étranges et mystérieuses… Cette parole de Jésus n’est pas autant mystérieuse qu’elle est exigeante. Ici il s’agit bien de ces petites images ou phrases de Jésus qui paraissent anodines, et qui en réalité constituent des secousses telles des « tremblements de terre » des fondations spirituelles pour leurs destinataires. Mat 5.13 « ---Vous êtes le sel de la terre… » Quel est le contexte de cette parole de Jésus ? Jésus, une foule, ses disciples autour de lui, une colline – et le sermon sur la montagne. Nous avons une liste de « heureux ceux… », de promesses de vie, de bénédictions pour ceux qui s’engageront sur les pas de Jésus, qui chercheront à Lui ressembler. Et Jésus dit à ses disciples d’être la lumière du monde, une ville au sommet d’une colline, et le sel de la terre. Au travers de ce contexte et de ces images, c’est à la vie publique du chrétien qu’il est fait référence. Les béatitudes décrivent les particularités des disciples de Jésus, et la métaphore du sel (et celle de la lumière) sont là pour indiquer l’influence de la vie des chrétiens sur le monde dans lequel ils vivent. Ils doivent être reconnus par les autres comme des exemples vivants de la puissance et de la grâce de Dieu. Parole exigeante parce qu’elle met à l’épreuve notre « moi » authentique. « Vous êtes le sel de la terre ! » Dans la langue grecque, une certaine emphase est mise sur le « vous» C’est une parole directe et sans appel. Par cette Parole, Jésus nous dit qu’il y a une exigence et que celle-ci marquera une différence fondamentale entre ceux qui suivront Jésus et ceux qui ne le suivront pas ; entre ses disciples, et ceux qui ne le sont pas. « Etre le sel de la terre » - qu’est-ce que cela signifie ? De quel sel parle-t-on ? Parce que d’après notre passage il semble y avoir différents sels – des sels différenciés par leur qualité. En effet : on parle bien d’un sel qui perdrait de sa saveur… En tant que Français ayant été élevé au sein du système de l’Education Nationale et encouragé dès mon plus jeune âge à avoir une approche critique et scientifique, je me suis posé dès le début de ma vie chrétienne, la question suivante : « Comment le sel peut-il perdre son goût ? Sa saveur ? » Si le sel est vraiment du sel, il doit garder sa salinité et rester du sel. Alors ? Comment comprendre cela ? En consultant de nombreux commentaires bibliques ainsi que des livres décrivant la culture de l’époque, mon questionnement a trouvé une réponse : au temps de Jésus, en Galilée, le sel à l’état pur n’était pas facile à trouver. Il était rare. En fait dans la région de la Mer Morte, on le trouvait souvent mélangé à d’autres choses, particulièrement d’autres cristaux, minéraux (tel le gypse) , et tant que la proportion de sel était suffisante, le mélange était satisfaisant pour ses utilisateurs – c’était du sel ! Mais si dans ce mélange, ce sel hybride, la quantité de sel devenait insuffisante, alors le mélange qui servait de sel perdait de sa salinité et n’avait plus aucun intérêt ni de raison d’être. « Vous êtes le sel de la terre » Qu’est -ce que cela veut dire pour nous aujourd’hui ? Peut-être cela nous rappelle-t- il que, nous aussi, nous vivons au sein d’un mélange. Cela n’a rien de choquant ou de nouveau : par là, je veux dire que la volonté du Seigneur a été de placer son église, c’est-à-dire les chrétiens, dans le monde et non pas en dehors ou protégée du monde, sous une bulle ou dans une serre bien à l’abri. Nous travaillons parfois avec des personnes qui ont accumulé problèmes sur problèmes, et qui sont dans des situations difficiles à imaginer. Quelquefois nous rencontrons des personnes qui refusent d’être responsables de ce qui leur arrive et qui continuent de faire de mauvais choix. D’autres encore nous accusent de les avoir mal conseillées et nous imputent alors la responsabilité de leurs choix. Ou bien des des personnes ou des collègues autour de nous qui, tout simplement, se montrent désagréables ou jamais satisfaites de notre travail. Ce n’est jamais assez, ou jamais assez bien! Et lorsque nous rentrons du travail, alors nous nous sentons épuisés… Et nous nous demandons si nous sommes bien là où nous devrions être – on se demande si le Seigneur est bien là aussi – s’il veille sur nous – on se demande si notre persévérance vaut la peine… Quelque part, tous ces sentiments sont légitimes ; ils nous rappellent les refrains et les plaintes des Psaumes :“Jusqu’à quand, Eternel! m’oublieras-tu sans cesse? Jusqu’à quand me cacheras-tu ta face?Jusqu’à quand aurai-je des soucis dans mon âme, Et chaque jour des chagrins dans mon coeur? Jusqu’à quand mon ennemi s’élèvera-t-il contre moi?” (Psaume 13:2-3) Le Seigneur a placé son église dans le monde – dans une sorte de mélange – et c’est quelque chose qui est difficile à vivre au quotidien mais… il y a un encouragement auquel nous pouvons nous accrocher: Jésus a prié pour nous : Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du malin. Ils ne sont pas du monde, comme moi je ne suis pas du monde.” (Jean 17:11-16) Jésus affirme que la place de ceux qui viennent à sa suite est bien dans le monde. Mais Jésus reconnaît aussi que cela sera pesant, fatigant – il suggère même peut-être que nous serons incités à faire des compromis… Mais Jésus prie aussi que nous restions le sel de la terre, un goût distinct au sein d’ un mélange où il nous a placé. Mais pour quoi faire ? Mat 5.13 « ---Vous êtes le sel de la terre… » Une fois l’identité donnée – le sel - il faut alors évoquer la fonction : Agent de purification (selon la tradition de l’Ancien Testament) ? Une force pour vivre en paix ? Ajouter du goût à la vie des autres ? Rappelons-nous que le sel est un ingrédient utilisé par tous, que nous soyons riches ou pauvres. Le sel est un élément très important de la vie courante, nécessaire à la vie de tous les jours. Un auteur romain, Pline le Jeune a dit qu’il n’y a rien de plus important que le sel et la lumière (sale et sole). La nécessité de la lumière est évidente et parle d’elle –même, par contre, en quoi le sel a-t-il tant d’importance ? Depuis tous les temps, le sel a été utilisé avec la nourriture. Dans l’un des livres les plus anciens de la Bible, bien avant le Nouveau Testament, il y est fait référence: “Peut-on manger ce qui est fade et sans sel?” (Job 6:6.) Le sel est donc un élément de cuisine universel. Mais ce n’est pas tout. Des siècles avant l’invention du réfrigérateur le sel était utilisé pour éviter que la viande ne pourrisse. Il préservait et c’est toujours le cas aujourd’hui, dans certaines parties du monde. Le sel ralentit la putréfaction… L’image du sel, ce n’est pas que le monde est sans saveur – non – cela nous rappelle que le monde va mal… que le monde se putréfie. Comme on le dit familièrement: « Les choses se gâtent. » C’est un constat que l’on peut faire à plusieurs niveaux – à un niveau général d’information – il suffit d’allumer sa télévision pour voir que les nouvelles sont mauvaises – que les progrès scientifiques de l’homme ont été également source de déséquilibre écologique pour la planète et que les effets semblent irréversibles. Je ne suis pas spécialiste en matière d’écologie, mais en écoutant des débats et en lisant des journaux, il semble bien que la communauté scientifique ne soit plus à même de réparer les dégâts mais plutôt de les ralentir – « de limiter la casse. » D’un monde qui espérait tellement au niveau de la science à l’époque moderne, nous sommes aujourd’hui dans un monde post-moderne qui se détruit aujourd’hui, malgré la science qui reste encore impuissante dans certains domaines. En dépit de leur lecture de la Bible, il arrive souvent aux chrétiens d’oublier l’eschatologie – la fin des choses. Il est assez rare – me semble-t-il – d’entendre des sermons concernant « la fin ». Le dernier livre de la Bible contient des descriptions qui ne peuvent qu’inquiéter et qui montrent que les choses seront très difficiles, même pour ceux qui appartiennent au Seigneur. C’est alors que dans cette perspective, les chrétiens -le sel de la terre -peuvent être la saveur de Christ dans le monde. Ce sel de la terre – ce sel utilisé pour préserver pendant un peu de temps, afin de ralentir le processus - trouve sa fonction… En étant un agent de préservation, de ralentissemment, ce sel laisse encore un espace, un temps pendant lesquels la Bonne Nouvelle peut être annoncée avant qu’il ne soit trop tard… Sans la présence et l’action du sel de la terre (et de la lumière du monde), la terre ne pourra subsister. En tant que chrétien, en tant qu’église, en tant que travailleur social, nous avons un rôle à jouer au travers de cette identité de « sel de la terre » qui est la nôtre. QUELQUES ASPECTS PRATIQUES GENERAUX: Comment vivez-vous cette identité de« Sel de la terre » que Christ vous donne ? Restez--vous toujours bien distinct au sein de ce mélange salé, ou vous confondez-vous avec d’autres éléments, d’autres minéraux ? Rappelez-vous – ce n’est pas que le monde manque de saveur – bien au contraire… “N’aimez point le monde, ni les choses qui sont dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est point en lui; car tout ce qui est dans le monde, la convoitise de la chair, la convoitise des yeux, et l’orgueil de la vie, ne vient point du Père, mais vient du monde.” (1Jean 2:15-16, NEG79) Avez-vous un problème avec la convoitise de la chair ? la convoitise des yeux ? l’orgueil ? Alors peut-être vous êtes-vous déjà un peu trop mélangé au monde et votre salinité n’est –elle plus aussi forte qu’elle devrait l’être. Derrière cette appelation « Sel de la terre » il y a un avertissement solennel. Matthieu commence par « Vous êtes le sel de la terre », parole adressée aux disciples de Jésus. Cela signifie que les disciples ont une fonction toute particulière à remplir, et que s’ils ne la remplissent pas… autant ne pas exister Attention à être et à rester le sel de la terre car sinon, comme il est écrit dans l’évangile de Luc (14.35), « On ne peut plus l’utiliser ni pour la terre ni pour le fumier. Il n’y a plus qu’à le jeter. » Matthieu (5.13), lui, ajoute « Il n’est bon qu’à être jeté dehors et piétiné. » L’identité du chrétien tient dans le fait que nous ne sommes pas identiques au monde mais distincts du monde. Si les chrétiens ne sont pas différents du reste du monde, alors ils sont inutiles. Etre le sel de la terre se vit au quotidien dans nos rapports avec les gens. “Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment il faut répondre à chacun.” (Col. 4:6,) Est -ce que nos paroles envers des personnes autour de nous sont assaisonnées de sel ? Préservent-elles ou divisent-elles ? Rendent-elles gloire à Dieu,ou Dieu aurait-il honte d’entendre ce que nous disons ? Je crois que bien souvent, il nous arrive de ne pas prêter attention à nos paroles. Moi-même je commets parfois des erreurs. Comment utilisons-nous notre langue ? Il y a un risque réel – d’abord le danger (cf.Jacques 1.26 ) “Si quelqu’un croit être religieux, sans tenir sa langue en bride, mais en trompant son coeur, la religion de cet homme est vaine.” (Jacques 1:26, NEG79) Attention à nos paroles, car les autres observent nos actions. Et il y a le risque que nos paroles soient comme une étincelle, puis un petit feu et enfin, que tout vienne à s’embraser ! “De même, la langue est un petit membre, et elle se vante de grandes choses. Voyez, comme un petit feu peut embraser une grande forêt!” (Jacques 3:5, NEG) Etre le sel de la terre se vit au quotidien dans nos rapports avec les frères et sœurs en Christ. Dans l’évangile de Marc il est ajouté : « Ayez du sel en vous-mêmes » passage mytérieux mais cela pourrait vouloir dire : Ayez du sel au milieu de vous, entre vous, ce qui fait allusion au fait de manger du sel ensemble, expression de communion fraternelle marquant des relations de paix. Nous sommes le sel de la terre, mais nous devons déjà commencer entre nous – entre nous à l’église. Alors la suite du verset : soyez en paix les uns les autres. “Le sel est une bonne chose; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l’assaisonnerez-vous? (9-51) Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres.” (Marc 9:50, NEG79) QUELQUES ASPECTS PRATIQUES DANS LE CADRE D’UN TRAVAIL SOCIAL: Je n’aimerais offenser personne en simplifiant le devoir du travailleur social – et pardonnez-moi d’avance – mais il me semble que la tâche du travailleur social à son premier degré est l’accompagnement de la personne. Alors se posent beaucoup de questions que vous allez aborder, semble-t-il, en deucième partie de matinée : - L’engagement social d’un chrétien est-il différent de celui des autres travailleurs sociaux ? - Comment concilier une compréhension biblique de l’homme et une conception humaniste imposée par notre société ? - Comment exercer notre tâche au mieux lorsque certaines réglementations peuvent être en conflit avec nos valeurs ? - Comment travailler avec des gens qui ne partagent pas nos valeurs ? - Où trouver l’énergie nécessaire pour ne pas être démoralisé par les contradictions que nous vivons ? Il s’agit là de questions très concrètes que vous devez vivre quotidiennement. Et je suis certain qu’il y aura beaucoup à partager tout à l’heure. Or, si ces questions sont concrètes pour vous dans votre métier, elles ne sont pourtant pas nouvelles dans l’histoire de l’Eglise. C’est pourquoi je vous propose de prendre un peu de hauteur, ou plutôt de recul – un recul historique pour voir ce que des chrétiens, dans le passé, peuvent nous enseigner à ce sujet, ces hommes et ces femmes qui ont été à Rome, à Athènes au début de l’église chrétienne, le sel de la terre. Au début de l’histoire du christianisme, l’un des fléaux importants n’a pas résidé dans ,la persécution mais plutôt dans les épidémies. Un sociologue nous décrit le contexte, en ces termes : Imaginez que vous êtes dans une ville où l’odeur de la mort empeste. Tout autour de vous les gens que vous connaissez, les membres de vos familles, et vos amis décèdent. Vous-mêmes ignorez si vous n’êtes pas déjà malades ou allez le devenir. Dans ces circonstances, il est impossible de ne pas se poser la question : pourquoi ? Pourquoi cela arrive-t-il ? Pourquoi eux, et pas moi ? Est-ce que nous allons tous mourir ? Pourquoi tout cela et pourquoi même la vie? Que va-t-il se passer ensuite ? Que pouvons-nous faire ? Si nous sommes païens, nous n’avons rien à attendre de nos prêtres. Eux-mêmes n’en savent pas plus que nous. Ils ignorent la raison pour laquelle pas les dieux ont envoyé un tel fléau. Pire encore, ces mêmes prêtres ont fui la ville, comme les plus riches et aussi les autorités, ce qui ne fait qu’accentuer le chaos de la situation actuelle. Si nous sommes philosophes – même si l’on rejette l’existence des dieux, on n’a pas plus de réponse. Au contraire, une épidémie pousse le philosophe à dire que la survie est finalement une question de chance, ce qui en définitive, dévalorise la vie. La science n’ayant, à l’époque, aucune notion de bactériologie ne peut, non plus, apporter de réponse à cette question. Des personnes écrivent alors à propos de l’épidémie qui a touché Athènes en 431 : « Les docteurs étaient incapables de traiter la maladie à cause de leur ignorance de la bonne méthode… Inutiles, aussi , étaient les prières faites dans les temples, la consultation des oracles… En fait, à la fin, les gens souffraient tellement, qu’ils ne faisaient plus attention à l’un ou à l’autre. » Et ensuite il ajoute que lorsque les personnes ont compris que la maladie était contagieuse, les gens avaient peur de se rendre visite les uns aux autres. Il écrit en ces termes : « Ils mouraient sans que personne ne s’occupe d’eux. En fait beaucoup de personnes ont péri à leur domicile, car personne ne prenaient soin d’elles… Les cadavres étaient entassés les uns sur les autres et des personnes à moitiés mortes erraient dans les rues ou se rassemblaient près des fontaines désirant de l’eau à boire. Les temples étaient remplis de cadavres de personnes qui étaient mortes à l’intérieur.» Quelle désolation ! Et pourtant face à tout cela, le chrétien n’a pas été totalement pris au dépourvu. Pour le chrétien, sa foi lui apporte des éléments de réponse. Car les chrétiens ne sont pas pris au dépourvu par la mort, aussi brutale soit-elle. Devant la guerre ou devant la maladie, le chrétien trouve une consolation immédiate en pensant à une existence céleste, vécue par ceux qui nous ont déjà quittés. Nous savons où ils sont . Et là où ils sont, c’est un endroit bien meilleur que celui où nous nous trouvons. Le christianisme a alors apporté un système de pensée unique qui d’un point de vue sociologique semble s’accommoder des situations difficiles telles que la maladie, la violence, et la mort. Voici comment les chrétiens ont réagi face à l’épidémie « Beaucoup de nos frères chrétiens ont montré un amour sans réserve et une loyauté, sans se protéger eux-mêmes, en pensant seulement à leur prochain. Sans peur du danger, ils ont pris soin des malades, en répondant à chacun de leurs besoins et en les servant en Christ et avec eux quittait cette vie sereinement heureux ; parce qu’ils ont été eux-mêmes contaminés par les autres, de la maladie, prenant sur eux-mêmes la maladie de leurs prochains et acceptant avec joie leur douleur. Beaucoup, en prenant soin et en soignant les autres, ont transféré leur mort sur eux-mêmes et en sont morts… Les meilleurs de nos frères ont perdu leurs vies de cette façon…. » Contrairement au fléau survenu sur l’Egypte, la maladie n’a pas épargné les chrétiens – elle a même fondu sur eux. Mais ces chrétiens n’ont pas manqué de s’occuper des malades et de leur donner une sépulture décente. Pourquoi ? - Etre le sel de la terre signifie être distinct du monde dans lequel nous vivons - Etre le sel de la terre signifie être un agent utile pour prévenir et ménager le chaos, un espace, un temps pendant lesquels nous pouvons annoncer la bonne nouvelle - Etre le sel de la terre, dans ce contexte, pouvait probablement se résumer à garder les yeux fixés sur l’éternité. Selon une source d’information chrétienne, un siècle plus tard, l’empereur Julien se plaignait dans une lettre, disant que les païens se devaient d’égaler en vertu les chrétiens qui eux, au moins, s’occupaient des étrangers et prenaient soin des tombes des morts. L’amour de Dieu était un enseignement étranger pour les païens. Ce qui comptait pour ces derniers, c’était ce que l’on pouvait faire pour un dieu. Et une autre chose totalement étrangère pour les païens, c’est d’aimer son prochain, le concept du « les uns les autres .» Tout comme Dieu a montré son amour par un sacrifice, les hommes doivent vivre un sacrifice, le leur, dans leur relation avec les autres. Il est possible de retirer un enseignement des épidémies qui ont ravagé l’empire Romain et du rôle – voire du modèle - que les chrétiens ont assumé pendant cette période. Et quel a été le fruit de l’œuvre de ces chrétiens ? Une croissance extraordinaire – voire, miraculeuse : - Dans Actes 1.14-15, seulement quelques mois après la crucifixion, il semble y avoir une vingtaine de chrétiens. - Plus tard, dans Actes 4.4, le chiffre de 5 000 croyants est annoncé. - Dans Actes 21.20, en 60 ap J-C, plusieurs milliers de Juifs auraient mis leur foi en Jésus Christ. D’après des études très sérieuses, en concentrant les différentes interprétations – les plus strictes et les plus généreuses de la progression du christianisme, il semble qu’il y ait eu une progression de 40% du nombre des chrétiens tous les dix ans– 7 530 au deuxième siècle, 217.795 au troisième siècle, 6.299.832 au 4ème siècle soit une progression de 40% tous les 10 ans du nombre des chrétiens. Ce pourcentage n’est pas surélevé – il tient compte des études les plus optimistes et des plus pessimistes. Les valeurs chrétiennes d’amour et de soin manifestés au prochain constituaient dès le début, les normes de service social et de l’engagement communautaire. Face à un désastre, les chrétiens faisaient mieux face par rapport aux situations, ce qui les encourageait à vivre et même survivre – un témoignage qui a eu un impact sur les conversions. Une autre raison de la croissance extraordinaire du christianisme tient dans le fait que lorsqu’un nombre important de la population décède, décède aussi les liens qui ne permettaient pas une conversion. Donc, lors des épidémies, les chrétiens en tant que communauté accueillaient des paiens en quête de sens. Et alors ? Rappellons-nous de ce que les Français attendent de l’Eglise – des églises – des chrétiens : - La première priorité pour les Français à laquelle les églises devraient s’attacher c’est de lutter contre la pauvreté dans le monde. 61% - La deuxième priorité pour l’Eglise selon les Français est d’agir pour la paix dans le monde 54% - La troisième priorité des églises chrétiennes attendues par les Français est d’être présent et disponible dans les moments de la vie. Loin derrière : 35% - La quatrième priorité exprimée c’est d’agir pour plus de justice 24% - La dernière est de faire connaître le message du Christ 15% Peut-être que la meilleure façon de faire connaître le message du Christ au monde n’est pas d’abord d’annoncer et de parler mais de revenir à un engagement d’accompagnement envers ceux qui sont pauvres, sont qui sont déchirés, ceux qui souffrent et les opprimés. C’est en cela que nous serons le sel de la terre. Le rôle du sel est en fait de donner du (bon) goût à quelque chose. On dit d’ailleurs qu’il n’y a rien de pire qu’un régime sans sel…. Si vous mangez une viande, vous allez en général la saler. Et lorsque vous aurez mangé ce steack qu’est-ce que vous vous direz ? C’était vraiment un bon sel ! » Non – Cette viande était excellente. Le but du sel n’est pas de vous faire penser qu’il est important mais d’aider ce qu’il a assaisonné – le but du sel n’est pas de se mettre en avant mais de servir. |
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