LA PERSONNE SORTANT DE PRISON,
COMMENT L'ACCOMPAGNER?
Par les journaux, la radio, la télévision, nous sommes quotidiennement
informés de ce que tel personnage, tel suspect mis en examen, tel
auteur de faits plus ou moins graves est placé sous mandat de dépôt
et écroué. Souvent, excepté lorsqu'il s'agit de personnages
médiatisés, on n'entendra plus parler d'eux jusqu'à
leur procès. Puis, plus rien pendant toute la durée de la
peine, ni, à quelques exceptions près, au moment de la libération.
Pourtant, c'est durant toute la détention que peuvent se préparer
les projets pour un " nouveau départ " dans la vie et c'est
à partir du jour de la libération que ces projets seront confrontés
à la réalité. Avec quelles difficultés et quels
moyens, quel soutien et quelle aide pour les résoudre ?
En fait, il n'y a pas de recette valable dans tous les cas et il est difficile
de donner une réponse globale qui s'applique toujours car les réponses
sont fonction de chaque situation :
A part la désignation de " sortant de prison ", quels sont
les points communs entre
un jeune de 22 ans en
rupture familiale depuis son adolescence, originaire d'un quartier sensible,
condamné à trois peines de 1, 3, 4 mois pour des petits délits,
une personne condamnée
à 20 ans de réclusion criminelle avec interdiction de séjour
pour meurtre et bénéficiant d'une libération conditionnelle
après 14 ans de détention.
quelqu'un condamné
à 6 mois pour avoir blessé très grièvement une
personne en conduisant en état d'ivresse et qui a pu exécuter
sa peine entièrement sous le régime de la semi-liberté,
un homme de 45 ans, dirigeant
d'entreprise condamné à 6 mois pour escroquerie, défaut
de comptabilité régulière et abus de biens sociaux
?
Autre variable : qu'ont-ils fait pendant leur incarcération ?
Quels points communs entre celui qui a profité de son temps d'incarcération
pour suivre des cours, participer à des formations, passer des examens
ou des tests en vue d'intégrer un centre de formation professionnelle
dès sa libération, et celui qui a attendu le jour de sa libération
sans se préoccuper de rien et qui se trouve à la rue, ou celui
encore qui est attendu et sera soutenu par ses parents, sa compagne ou un
réseau d'amis ou de relations.
Et ce ne sont là que quelques exemples de la diversité
que recouvre la notion de personne " sortant de prison " que nous
pouvons être amenés à rencontrer et que nous voulons
aider, soutenir, accompagner...
Et nous, qui sommes-nous par rapport à cette personne ?
A la diversité évoquée ci-dessus se rajoute celle de
notre rapport et de notre degré d'implication dans la relation avec
la personne : sommes-nous travailleur social d'un service administratif
ou d'une association spécialisée, employeur, collègue
de travail, ami, proche, parent, conjoint, ou encore bénévole
d'une association caritative ou responsable d'église ? Connaissions-nous
la personne avant son incarcération, avons-nous pu avoir avec elle
des contacts pendant sa détention ? Qu'attend de nous la personne
libérée : a-t-elle une demande ? ou avons-nous un projet pour
elle ?
Voilà donc une série (non exhaustive) de questions qu'il faut
se poser pour adapter à chaque situation la ou les réponses.
En fonction des réponses, les solutions envisageables sont différentes,
ce qui implique également une diversification de l'attitude qu'on
peut adopter face à chacun et les solutions qu'il est possible, voire
nécessaire de proposer, quelquefois dans l'urgence.
Nous donnerons succinctement quelques éléments susceptibles
de constituer des repères.
LE
DISPOSITIF ADMINISTRATIF EXISTANT ACTUELLEMENT
Le Service Socio-Educatif (SSE)
Il existe dans tous les établissements pénitentiaires et il
est constitué de travailleurs sociaux (Conseillers d'Insertion et
de Probation) - CIP - et/ou d'Assistants de Service Social - AS) chargés
entre autres d'aider les détenus qui le demandent à préparer
leur sortie. Rien n'empêche une personne ayant l'intention d'aider
un détenu quand il sera libéré de prendre contact avec
le SSE pour lui préciser quel type de soutien elle pourra apporter
au futur libéré en vue d'une élaboration concertée
à trois (détenu + travailleur social du SSE + personne extérieure)
du projet de sortie.
Le Comité de Probation et d'Assistance aux Libérés
(CPAL)
C'est un service public relevant de l'Administration Pénitentiaire
habituellement installé au Tribunal de Grande Instance. Constitué
de travailleurs sociaux (CIP & AS), il a pour mission de contrôler
le respect d'un certain nombre d'obligations imposées à
des personnes placées sous mandat de Justice (contrôle judiciaire,
sursis avec mise à l'épreuve, travail d'intérêt
général, libération conditionnelle) et de leur apporter
un soutien dans leur effort vers la réinsertion et/ou une aide
(éventuellement matérielle). Dans le cadre de cette mission
sont donc déjà concernées les personnes libérées
sous condition qui doivent rester en relation avec le CPAL. Sont également
concernées les personnes libérées en fin de peine
qui peuvent, sans y être obligées, s'adresser au CPAL pour
demander soutien et aide.
Le travail social du CPAL aura d'abord le souci de faire un bilan de
la situation de la personne qui vient s'adresser à lui afin de
détecter les difficultés nécessitant les réponses
les plus urgentes (le plus souvent hébergement, quelquefois l'alimentation
ou la santé). Il pourra proposer les solutions dont il dispose
: aide directe ou orientation vers des organismes ou associations "
partenaires " spécialisés (ex : foyer d'hébergement).
Par la suite, et si la personne libérée le souhaite, elle
pourra continuer à trouver au CPAL un appui et un accompagnement
pour élaborer un projet d'insertion ou professionnel. Le travailleur
social aura alors un rôle d'écoute, de conseil et de soutien
du libéré dans les démarches administratives (constitution
de dossiers divers pour pouvoir accéder à quelque dispositif
d'aide). Le travailleur social aura encore recours à l'orientation
vers des organismes susceptibles d'apporter une solution à des problèmes
spécifiques : soins aux toxicomanes ou malades alcooliques, formation
professionnelle, etc. Mais la personne reste libre de poursuivre cette démarche
avec le comité de probation ou de l'interrompre.
Beaucoup s'adressent au CPAL pour obtenir une aide financière (celle-ci
peut leur être accordée si elle constitue la seule réponse
immédiatement possible à une situation d'urgence ou contribue
à faire avancer un projet d'insertion), mais moins nombreux sont
ceux qui poursuivent une démarche d'insertion avec l'aide du comité.
Certains auront trouvé ailleurs des appuis leur convenant mieux.
Quelques-uns aussi, avec des ressources intellectuelles et morales suffisantes,
seront capables de trouver eux-mêmes les organismes qui apporteront
les solutions à leur(s) problème(s). Mais d'autres se voyant
refuser une aide financière, clameront qu'on ne fait rien pour les
aider et viendront souvent grossir la cohorte des récidivistes...
Là encore, il est possible à des personnes souhaitant accompagner
une personne " sortant de prison " (et plus largement qui a fait
l'objet d'une décision de Justice) de se renseigner auprès
du CPAL sur les possibilités d'aide qui existent.
LE RESEAU D'ORGANISME DE PROTECTION ET D'INSERTION SOCIALE
Il est important de préciser que le dispositif mis en place par l'Administration
Pénitentiaire a un caractère de subsidiarité. C'est-à-dire
qu'il n'a pas vocation de prendre lui-même en charge les personnes
sortant de prison et de les maintenir ainsi dans un ghetto. Sa fonction
est de permettre aux personnes détenues de préparer déjà
pendant leur séjour en prison leur intégration dans les dispositifs
de droit commun existant dans la société civile et accessibles
à l'ensemble des personnes en difficultés. Au moment de la
libération et dans les mois qui suivent, le CPAL aura à faire
le lien entre le libéré et ces dispositifs de droit commun.
Sans ces partenaires, l'action du CPAL serait mission impossible.
Il est bon de savoir aussi qu'à quelques rares exceptions près,
le fait de sortir de prison ne donne pas de droits spécifiques, ni
ne prive de ceux accessibles à toute personne en difficulté
ou non.
Quelques exemples :
Droits sociaux
Maladie : ouverture
de droits aux prestations en nature du fait de l'incarcération (même
s'il n'y en avait pas au moment de l'incarcération) sur présentation
du " billet de sortie " remis au moment de la sortie.
Prestations sociales
: après la libération accès à diverses allocations
(ex : allocation logement). Les prestations familiales continuent à
être versées aux ayant droit pendant la détention du
chef de famille sur justification de l'incarcération par certificat
de présence.
Sans domicile
Accès aux foyer et centre de réinsertion sociale comme tout
" SDF ".
Sans emploi
Accès aux services de l'ANPE et autres organismes ayant une fonction
d'aide à la recherche d'emploi ou de favoriser l'accès à
un emploi : missions locales, entreprises d'insertion, associations intermédiaires,
centre d'aide à la vie active.
Formation professionnelle
Accès sans discrimination par rapport à la qualité
de " sortant de prison " : conditions de niveau exigées.
Dans beaucoup d'établissements pénitentiaires, sont organisées
des sessions de bilan de compétences, d'orientation , des cours de
remise à niveau, voire même des stages qualifiants à
la sortie (AFPA). Après la libération, tous les dispositifs
et stages sont accessibles. Pour certains, les sortants de prison sont classés
dans les " publics prio-ritaires ", mais ce classement n'est pas
constant et soumis aux variations des décisions des ministères
compétents (affaires sociales, travail, emploi et formation professionnelle).
Sans revenu
Accès à
l'indemnisation par l'ASSEDIC : dans certains cas, les droits sont maintenus
au niveau de ce qu'ils étaient au moment de l'incarcération.
Le travail pénitentiaire pendant la détention n'ouvre pas
de droits nouveaux.
Si pas de droit à
l'ASSEDIC, possibilité de bénéficier pendant un an
dans les mêmes conditions d'inscription et de recherche d'emploi que
pour l'ASSEDIC de l'allocation d'insertion - mais exclusion de ce droit
si condamnation pour certains crimes ou délits (ex : trafic, importation,
production de stupéfiants, proxénétisme, détournement
d'aéronef...). Cette possibilité est donnée une fois
et ne peut être renouvelée. Toutefois, si les droits n'ont
pas été totalement épuisés lors d'une première
libération, le reliquat peut être versé partiellement
en complément de l'allocation d'insertion. Il donne accès
aux dispositifs d'insertion.
Autres revenus : Allocation
Adulte Handicapé, pension d'invalidité, retraite, aide médicale,
secours versés par les CCAS, etc. suivant situation individuelle
et conditions d'accès spécifiques à chacun d'eux.
Toxicomanes
Accès au dispositif de soins mis en place par les autorités
sanitaires : centres de soins, traitement de substitution.
Malades alcooliques
Centre d'Hygiène Alimentaire et d'Alcoologie (CHAA) et fréquentes
orientations et collaborations avec les associations d'anciens malades alcooliques.
Dans tous ces domaines, le droit commun s'applique sans discrimination par
rapport à la notion de sortant de prison.
LE
CASIER JUDICIAIRE : OBSTACLE OU NON A LA REINSERTION ?
Le casier judiciaire passe souvent pour être un obstacle à
la réinsertion. Cela n'est vrai que partiellement. Il faut en effet,
savoir que le casier judiciaire comprend trois bulletins : le B1, le B2
et le B3.
Le B1 est le relevé de toutes les condamnations, mais il ne
peut être délivré qu'aux autorités judiciaires.
Le B2 est le relevé des condamnations, mais en sont exclues
entre autres : les peines considérées comme non avenues (ex.
: sursis avec mise à l'épreuve après la fin du délai
d'épreuve ; sursis simple après 5 ans), les peines bénéficiants
de la réhabilitation, les peines bénéficiant d'une
dispense d'inscription au B2. Le B2 ne peut être demandé
que par les autorités administratives (notamment pour l'accès
à la fonction publique).
Le B3 est le relevé des condamnations supérieures à
deux ans (ex. : trois peines de 18 mois n'y figurent pas). Ce bulletin
ne peut être délivré qu'à la personne concernée.
Pour en avoir connaissance, un éventuel employeur doit donc le demander
au candidat à l'embauche qui reste libre de le fournir ou non.
Il résulte de ce qui précède que :
les personnes qui n'ont
été incarcérées qu'en détention provisoire
(donc pas de condamnation) ont un casier judiciaire vierge (B2 et B3),
bon nombre de personnes
(les peines inférieures à deux ans constituent une très
forte proportion des peines prononcées en France) qui ont fait l'objet
de condamnations à des peines inférieures à deux ans
ont un B3 vierge et pourront le présenter sans crainte si on le leur
demande préalablement à une embauche.
Par ailleurs, il est possible de demander au tribunal qui juge une personne
de demander la non inscription au B2 pour préserver un emploi ou
la possibilité d'être embauché ou titularisé
dans la fonction publique. Cette non inscription peut être demandée
au moment du jugement ou postérieurement à son prononcé
par une requête motivée. Les travailleurs sociaux des CPAL
sont en mesure de conseiller les personnes pour la présentation d'une
telle requête.
Dans d'autres cas, une réhabilitation judiciaire peut être
demandée.
L'obstacle que constitue le casier judiciaire peut donc être relativisé
pour les courtes et moyennes peines, mais il est une réalité
pour les longues peines.
QUELQUES QUESTIONS, REMARQUES ET REFLEXIONS
Il ne peut être question ici de faire un inventaire de toutes les
problématiques qui peuvent être développées autour
de la personne sortant de prison, nous en donnons quelques-unes :
Même si le casier
judiciaire ne constitue pas un obstacle réel pour certains, il
peut en constituer un dans leur imaginaire : ils pensent que le fait d'avoir
été incarcéré se devine. L'obstacle se trouve
souvent " dans leur tête ". Il n'en est que plus difficile
à surmonter.
Dans la plupart des cas,
les situations qui sont à l'origine de la délinquance (situation
familiale, sociale, personnalité, etc.) n'ont pas changé et
ne peuvent pas l'être car on ne modifie pas facilement tout un
système ni une personnalité. La personne qui sort de prison
doit donc être préparée à s'y trouver confrontée.
La difficulté pour celui qui l'accompagne est alors de savoir comment
il peut l'amener à vivre cette confrontation différemment
pour éviter de nouvelles infractions. Quelquefois, cela peut consister
simplement à avoir confiance en la capacité de la personne
et de lui dire et faire sentir pour lui permettre d'avoir d'elle même
une autre image. C'est plus facile à écrire qu'à
faire.
Il arrive quelquefois
qu'une personne sortant de prison " rechute ". Cela ne
veut pas dire qu'elle est irrécupérable, ni qu'elle a trahi
la confiance que celui qui l'accompagnait lui avait accordée. Cela
peut faire partie de son évolution. Il faut alors repartir avec
elle, non en occultant l'échec, mais en essayant d'en tirer des leçons.
Combien de fois ?
L'accompagnement, cela peut être :
être présent,
mais sans être pesant ;
être à
l'écoute car la parole qui est dite permet de se libérer
d'un lourd vécu carcéral qui revient quelquefois, même
des mois, voire des années après la sortie. Écouter,
essayer de comprendre, mais ne pas encourager à se complaire dans
un passé qui doit être dépassé ;
ne pas enfermer l'autre
dans son délit ou son crime, mais ne pas le nier ;
encourager à
faire, mais ne pas faire à la place de ; mais quelquefois, il
est indispensable de faire...
aider la personne
que l'on accompagne à trouver sa propre voie, son propre rythme,
son projet, sans essayer de lui imposer ce qui a " bien marché
" pour soi.
On pourrait encore en rajouter car rien n'est simple en matière d'accompagnement
de personnes sortant de prison et il n'y a de certitude en rien.
Alors, que faire ? Actionnons notre humilité et ne cherchons pas
à porter seul ce qui peut être trop lourd. Autant que possible,
cherchons appui et conseils pour y voir plus clair...