Les métiers de l'Humanitaire

Oubliéle côté artisanal d'antan, l'humanitaire se professionnalise. Si vous voulez partir à l'autre bout du monde avec une ONG, il vous faudra justifier de compétences, d'expérience, et prendre la mesure de votre engagement
" J'adore la conduite, je veux faire du 4x4. " Venu présenter cet argument à un recruteur de MSF (Médecins Sans Frontières), le jeune candidat s'est fait gentiment éconduire. Manifestement, il s'était trompé d'adresse.
Mais n'imaginez pas frapper à la bonne porte si vous n'avez que votre bonne volonté à offrir. Les organisations humanitaires recherchent des spécialistes, et les compétences passent aujourd'hui avant les motivations. Humanitaire... la bonne volonté ne suffit pas!

Les aspects généraux des missions sont pris en charge par :
Le coordinateur. Sur le terrain, il coordonne les actions et dirige les équipes. Il définit la stratégie sur place, négocie avec les autorités et recrute le personnel. Il peut avoir tout type de formation (médecin, infirmière, gestionnaire), mais doit avoir une solide expérience.
L'administrateur. Il gère les finances. Il paie les fournisseurs, les salariés, négocie avec les bailleurs de fonds, dédouane les marchandises importées.
Ü Le logisticien. Il assure le bon déroulement des missions : organisation des transports, des moyens radio, distribution et fonctionnement du matériel, approvisionnement en vivres, etc. Il organise les chantiers, trouve les matériaux et négocie avec les entrepreneurs locaux. L'expérience professionnelle prime sur le diplôme.
Le sanitarien. Son rôle est d'éviter la propagation des maladies et des épidémies. Il pompe l'eau, l'assainit, la stocke et la distribue. Il se charge d'évacuer les eaux usées, creuse des latrines et brûle les déchets.
Le technicien de la chaîne du froid. Il ne doit jamais faillir. Lourde responsabilité que d'assurer la chaîne du froid quelles que soient les conditions de travail et assurer ainsi la conservation des produits médicaux (vaccins, plasma, etc.).

Avant tout, des compétences et de l'expérience :
Dans les années 70, l'humanitaire, c'est avant tout l'action médicale. Les " french doctors " crèvent l'écran et pansent les plaies de la planète. L'encadrement technique, lui, est relégué au second plan et l'on s'en remet au bon vieux système D pour faire suivre l'intendance.

Aujourd'hui, les ONG (Organisations Non Gouvernementales) exigent toujours autant de leur personnel médical (thèse pour les médecins et diplôme d'État pour les infirmières), mais les non médicaux doivent, eux aussi, être des spécialistes dans leur domaine. " Les premiers critères qui retiennent notre attention sont des critères de compétences ", explique Philippe RUSCASSIER, recruteur à MSF. Les besoins variés font de l'humanitaire un secteur ouvert, mais sélectif.

A titre d'exemple, les compétences générales demandées par MEDAIR, ONG chrétienne ayant son siège principal à Lausanne (Suisse), sont la flexibilité, la capacité de s'adapter au stress, la sensibilité, la coopération, une bonne communication et l'intégrité.

Vous devrez aussi avoir de l'expérience, jusqu'à trois ans pour certaines ONG. Bien sûr, il vaut mieux que cette expérience se rapporte à la fonction briguée, mais ce n'est pas une obligation ; toute expérience professionnelle est bien vue.
Celle-ci permet en effet d'acquérir la maturité nécessaire. " Si malgré de très bonnes études, on n'a jamais travaillé, il est difficile d'assumer des responsabilités. Sur le terrain, on doit souvent embaucher des collaborateurs, les superviser ou les encadrer. Ce ne sont pas des choses que l'on apprend à l'école. "

De plus, en mission, la moitié des volontaires n'exercent pas directement leur métier et consacrent l'essentiel de leur temps à former les populations. Cela nécessite de maîtriser son métier pour savoir l'adapter au contexte local.
Vous partirez le plus souvent en qualité de volontaire. Vous n'êtes donc, ni bénévole, ni salarié, et recevez une indemnité qui n'est pas un salaire. Cette indemnité va de 2.000 à 6.000 F par mois selon les ONG, versés sur un compte en France.
De plus, vous pouvez bénéficiez d'un perdiem, petit pécule donné de la main à la main sur les lieux de la mission (souvent en dollars, plus rarement dans la monnaie du pays). Là aussi, le montant varie selon les ONG et le type de mission.

Si vous vous engagez pour un an ou plus, avec une ONG agréée par la Commission du volontariat, elle doit vous proposer les avantages suivants : une couverture sociale, une mutuelle, une assurance rapatriement et une prime de réinsertion d'environ 12.000 F versée à votre retour en cas d'inscription à l'ANPE. Le même dispositif est souvent repris par les ONG, pour les volontaires qui partent pour moins d'un an. Dans tous les cas, vous devez obligatoirement être majeur.

Formation

Faut-il passer par une formation spéciale pour s'engager dans l'action humanitaire ?
A MEDAIR, on insiste particulièrement sur la motivation, l'engagement et le dévouement des candidats, sur leur conviction et une bonne connaissance de soi. Puis les candidats doivent considérer si leurs valeurs, leurs normes, leur éthique professionnelle ainsi que leurs qualités morales correspondent à l'organisation en question. Une formation plus spécifique n'est prise en compte que sur cette base-là, et dépend beaucoup des postes. Des formations comme Bioforce, Ifaid, DESS Développement peuvent être un plus, mais pas une nécessité. Dode Laurant, chargée du recrutement à Inter-Aide, cherche des gens compétents dans un domaine : " Un agronome, on lui demande avant tout d'être agronome... S'il a voulu suivre une formation complémentaire, style DESS Développement, très bien. Mais on ne va pas le recruter pour son DESS. De même, on ne demande pas à une infirmière d'avoir fait Bioforce. Si elle le fait, ça lui donnera un vernis en logistique... c'est tout. "

En revanche, le constat n'est pas le même lorsqu'il s'agit de mission d'urgence.
A Handicap International, la plupart des logisticiens sont passés par Bioforce ou l'Ifaid, et leur formation correspond aux besoins sur le terrain.

Reste qu'école ou pas, la première mission est la plus difficile à trouver. Dans le cadre d'une école, les élèves doivent après leur première année, postuler auprès des ONG et décrocher, suivant leur cursus, entre 12 et 16 mois de mission pour valider leur diplôme. " On oriente l'élève dans ses recherches, mais on ne lui sert pas la mission sur un plateau ", précise Mme SEFIL de Bioforce. Sur les 85 élèves de la promotion ayant fini leur première année de Bioforce en juillet, un peu plus de la moitié des élèves étaient partis en mission à la fin janvier.

Le manque d'expérience est à l'origine des refus des ONG. Si bien que Bioforce modifie cette année sa politique de recrutement. Désormais, il

Avoir plus de 22 ans
Etre en possession du permis de conduire
voir son Attestation de Formation aux Premiers Secours (AFPS)
Avoir 6 mois d'expérience professionnelle consécutifs dans: le secteur technique pour Logisticien de la Solidarité Internationale (LSI) ou les secteurs administration, gestion, comptabilité pour Administrateur de la Solidarité Internationale (ASI) ou tous secteurs pour Gestion de Projet en Solidarité Internationale (GPSI) ou enfin pour TESSI : qualification dans un domaine technique (eau, sanitaire, génie civil, environnement) ou dans le domaine de la Solidarité Internationale)

Niveau scolaire : CAP/BEP pour LSI, ASI; Bac +2 pour GPSI il faut avoir au moins 22 ans, le permis de conduire, et surtout six mois d'expérience professionnelle. " Nous nous adaptons aux besoins des ONG, explique Mme SEFIL. Nous ne leur apprenons pas un métier. On veut adapter leur métier aux pays en voie de développement. "

Les formations recherchées :
La santé. Médecins, infirmières, sages-femmes, puéricultrice, pharmaciens, laborantins, kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens. Un ou deux ans d'expérience sont exigés.
L'enseignement. Instituteurs, professeurs et éducateurs.
Le développement. Ingénieurs, agronomes, techniciens agricoles, hydrauliciens, aquaculteurs, responsables de chantier et tous les artisans du bâtiment (maçon, électricien, peintre, plombier, menuisier, etc.).

Les attentes des recruteurs :
Supposons donc que vous ayez, sur le papier, les compétences et toute l'expérience souhaitée. Précisons aussi que vous parlez anglais ou espagnol ( une nécessité sur le terrain), et que vous avez votre permis de conduire. Il ne vous reste qu'à convaincre le recruteur.
Mieux vaut donc avoir réfléchi à vos motivations. Votre démarche doit être cohérente. Pourquoi voulez-vous partir en mission ? Combien de temps voulez-vous y consacrer ? Est-ce une parenthèse ? Un véritable virage ?
A cela il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse, mais il faut y penser.
Les recruteurs recherchent des volontaires équilibrés qui savent qu'un départ implique de laisser une famille, des amis, un mode de vie, pour vivre dans un contexte différent et travailler en équipe pendant plusieurs mois, voire plusieurs années ; des volontaires qui ont pensé à la réinsertion. Un réinsertion difficile, d'autant que les entreprises voient rarement d'un bon oeil l'engagement humanitaire.
Luc repart pour un an au Liberia, plus par appel de l'étranger que par fuite. Mais jusqu'où le départ reste-t-il un choix ? L'humanitaire ne dure qu'un temps et un beau jour il faut raccrocher. D'où la nécessité d'un métier et d'une expérience, pour avoir d'autres repères que l'action humanitaire.

Question personnalité, il n'y a pas de critère rédhibitoire. Timide ou extraverti, chacun a sa chance, pour peu que vous n'exigiez pas une chambre individuelle avec vue sur la mer. Jouez franc jeu : certains postes nécessitent d'avoir une forte personnalité et de savoir tenir tête aux interlocuteurs.
Enfin, sachez que les recruteurs s'en remettent à votre responsabilité. Tous les inconvénients et tous les risques de la mission vous seront exposés. A vous de savoir si vous êtes prêt. Pour le recruteur, il reste toujours une part de risque incompressible dans le fait de vous choisir. Car ce n'est pas dans un bureau qu'il va savoir comment vous travaillerez au Rwanda, au Niger ou au Guatemala. " On ne leur demande pas d'avoir réponse à tout, mais de savoir que les questions se posent " conclut Philippe RUSCASSIER.

Renseignements

Les formations " diplômantes " n'existent pas. La plupart des ONG forme leur personnel avant le départ. D'autre part, les Nations Unies et la Croix Rouge ont des modules de formation ouverts au public. Renseignez vous auprès d'eux. Bonne chance et n'oubliez pas : Avant d'effectuer une formation spécifiquement humanitaire, il faut réfléchir à ce que l'on voudra faire après et aux possibilités de reconversions


MEDAIR :
Chemin du Croset 9
CH-1024 ECUBLENS
Tél : (021) 694.35.35 - Fax : (021) 694.35.40
E-mail : info@medair.org

MEDAF :
4 Rue du Vallon
67590 SCHWEIGHOUSE sur MODER
Tél. : 03.88.72.02.57

ASAH :
ZAC du petit parc
13 rue des fontenelles
78 920 ECQUEVILLY
Tél. : 0 871.091.871 du Lundi au Vendredi de 9h à 17h
E-mail : info@collectif-asah.org - Site Internet : www.collectif-asah.org


Bioforce :
41 avenue du 8 mai 1945
69694 VENISSIEUX CEDEX
Tél.: +33 (0)4.72.89.31.41 - Fax : +33(0).4.78.70.27.12 
email : info@bioforce.asso.fr

IFAID Aquitaine :
17 Cours des Aubiers
33300 BORDEAUX
Tél : 05.56.50.08.67 - FAX : 05.56.39.60.34
formation@ifaid.org  projets@ifaid.org et dla@ifaid.org

École Internationale 3A :
47 rue due Sergent Michel Berthet
69009 Lyon
Tél. : 04.72.85.73.73

Engref :
19 Rue du Maine
75732 PARIS CEDEX 15
Tél. : 01.45.49.89.14
www.engref.fr

FORMATIONS UNIVERSITAIRES

IUT PARIS 8.
Tél : 01.41.51.10.90
Pour devenir Technicien en Maintenance Industrielle adaptée au développement.

IUT Michel de Montaigne. Bordeaux 3 :
Filières techniques du développement.
Tél : 05.56.84.44.44

Université de Clermont-Ferrand.
Magistère développement économique.

Université d'Aix-Marseille 3 :
Maîtrise d'aménagement, option pays en voie de développement.

ADRESSES UTILES :
Comité de Liaison des ONG de Volontariat (CLONG-Volontariat)
14 passage Dubail
75010 PARIS
Tél. : 01 42 05 63 00 - Fax : 01 44 72 93 73
E mail : clong@clong-volontariat.org - Site Internet : www.clong-volontariat.org

Pour obtenir la liste des ONG :
- www.collectif-asah.org/annuaire
- www.coordinationsud.org
- www.novethic.fr


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